Après les calamités du 14ème siècle, Castex a connu une vraie renaissance. Le village s’est repeuplé au fil des années. Les habitants ont transformé, agrandi ou reconstruit leurs maisons. On a vu dans l’article précédent que le seigneur de Béon a probablement construit une métairie-château et qu’une nouvelle église a vu le jour à l’emplacement du vieux castet. Mais ce n’est pas tout. Castex a également contribué à la reconstruction de Miélan après la catastrophe de 1370.
Le repeuplement du village
La chute de population qui a suivi l’épidémie de peste noire de 1347-1348, a probablement bouleversé en profondeur les communautés. Quel fut le comportement des seigneurs de Béon vis-à-vis de leurs tenanciers pendant les années de crise ? Comment les seigneurs de Béon ont-ils géré la dépopulation : ont-ils allégé les redevances et les corvées, ont-ils pris ensuite des mesures pour attirer des familles sans terre pour repeupler le village ? La communauté des villageois a-t-elle fait front aux malheurs de manière soudée, ou chaque famille, ou famille élargie, s’est-elle repliée sur elle-même ? On ne pourra jamais savoir comment les choses se sont passées.
Dans l’article 14-02, on avait estimé la population de Castex après la pandémie comprise entre 160 et 200 personnes. Le repeuplement qui s’en est suivi a pu être temporairement affecté ou freiné par des épisodes de disettes ou de nouvelles épidémies, mais, si l’on s’en tient aux données générales des historiens, Castex aurait retrouvé au plus tard vers 1600 sa population de la fin du 13ème siècle, soit entre 270 et 300 personnes (article 13-05). On trouvera dans un prochain article une estimation de la population vers 1640, basée sur les données des registres paroissiaux
Dès les années 1350-1360, les propriétaires aisés du village ont probablement acheté des parcelles à ceux qui n’avaient plus d’autre choix que de vendre ou de déserter. Des bourgeois de Miélan, ou de plus loin, se sont certainement portés acquéreurs de tenures abandonnées. Ainsi, certaines propriétés se sont agrandies, de nouveaux tenanciers, issus du village ou venus de paroisses voisines, sont venus s’installer sur des terres délaissées, des métayers sont arrivés. Ainsi le repeuplement s’est effectué pour partie par un excès de naissances sur les décès, pour partie par l’arrivée de nouveaux habitants. Les registres paroissiaux de Castex mentionnent au début du 17ème siècle une maison au sobriquet Bernes, probablement habitée à l’origine par une famille originaire du Béarn, venue s’installer au village.
Les relations sociales dans le village, quelles qu’elles fussent, familles nucléaires, clans familiaux élargis, ont nécessairement été modifiées, transformées, reconstruites dans les années de repeuplement. Il serait étonnant qu’il n’y ait pas eu de rancœurs, de litiges, de conflits, entre ceux qui arrondissaient leurs biens, ceux qui arrivaient d’ailleurs, et ceux qui avaient survécu difficilement aux épidémies et aux famines.
Malgré le retour de la paix et d'un certain niveau de sécurité et de confiance, la situation alimentaire est restée précaire. Antoine de Baudéan, le seigneur d'Aux, mentionne une famine en 1573 qui a causé de nombreuses maladies et une baisse d'un tiers de la population à Aux et à Lannefrancon. Peut-être que la perte du tiers de la population est-elle exagérée, toujours est-il que Castex a dû également souffrir de ce sinistre.
Si l’on se réfère à l’article 15-01, une première période a été bénéfique à tous, puis l’augmentation de la population ayant été plus rapide que l’augmentation de la production de grains, les prix ont fortement augmenté. Les plus aisés qui avaient des surplus se sont enrichis, alors que les "petits laboureurs" se sont appauvris. Malgré les disettes et épidémies, avec le retour d’un village repeuplé, le morcellement des terres a repris, voire s’est aggravé.
Les laboureurs, leur maison et leur mobilier
Aux 15èmes et 16èmes siècles les maisons paysannes du Moyen-âge (article 13-06) sont sans doute un peu délabrées. Elles vont toutes être agrandies, transformées, reconstruites au fil des ans.
Les maisons neuves ou reconstruites sont très semblables aux précédentes, mais elles possèdent maintenant une cheminée au manteau maçonné, avec linteau et jambages de bois de chêne dans le cauhadé. On installe également de telles cheminées dans les maisons existantes. On construit toujours des maisons à un seul niveau, peut-être avec des combles surbaissés. Au 16ème siècle les laboureurs aisés commencent à remplacer le chaume des toitures par des tuiles à canal fabriquées à Sarraguzan ou à Bernadets. Mais les fenêtres sont toujours étroites et sans carreaux de verre. Tous les assemblages de bois de charpente, de menuiseries, de mobilier sont réalisés avec des chevilles de bois. Les clous de fer forgé sont encore trop chers.
Chaque famille vit toujours dans une pièce unique. On y mange et on y dort, rien de plus. On agrandit sa maison pour loger un frère, un oncle, ou un gendre et leur famille. Pour ce faire on ajoute une pièce au logement d’origine, ou on ajoute un logement indépendant mitoyen. Le bâtiment d’origine est ainsi prolongé dans son alignement, ou reçoit une adjonction en équerre. On verra au 17ème siècle que des groupes de maisons familiales ont pu se constituer à cette époque, autour d’une maison-mère. Ces groupes sont appelés "clos" sur les registres paroissiaux jusqu’au début du 18ème siècle, regroupant plusieurs maisons, jardins potagers et patus.
Il n’y a aucune donnée concernant l’installation d’artisans à Castex avant les années 1620, mais il est très probable qu’il y avait au moins un forgeron et, dès le milieu du 15ème siècle, un ou plusieurs tisserands.
On ne peut évidemment pas savoir si le forgeron de Castex a survécu aux calamités du 14ème siècle. Le besoin d’un forgeron au village restait crucial pour les laboureurs, et les villages devaient se les arracher. Le forgeron de Castex du 15ème siècle a pris son indépendance vis-à-vis du seigneur de Béon. Il a construit sa maison et sa forge en dehors du castet. Il façonne des crémaillères pour suspendre le pot dans la cheminée, des chenets et des trépieds, et pour la maison des pentures et gonds. Car désormais les laboureurs ont dans leur cheminée un trépied pour poser le pot, une crémaillère, une poêle à long manche.
Des marchands concurrencent les forgerons de villages sur les foires et marchés, proposant de l’outillage agricole, de l’outillage de travail du bois, et désormais des petits équipements ménagers.
Les laboureurs fabriquent leurs outillages agricoles et pour le travail du bois avec le fer du forgeron ou du marchand : marteau, tarière, plane, herminette, ciseaux. Et façonnent alors le soir à la veillée les écuelles et gobelets en bois, les cuillères, les jougs et autres ustensiles. Car la vaisselle est de bois, de terre cuite seulement pour les plus aisés. La plupart n'ont que des pots et cruches en terre cuite. La table est une pièce de bois très épaisse que l’on rabote lorsqu’elle est trop sale ou abimée. On s’assoit sur des bancs ou des tabourets. Les chaises ne viendront pas avant le 18ème siècle. Pour dormir, si beaucoup n'ont que des paillasses à même la terre battue, les plus aisés ont maintenant des châlits en bois.
Reconstitution d'un village rural des années 1500 (Saint-Julien-aux-Bois 19220)
Au 16ème siècle, il y a au moins un tisserand à Castex, car on tisse de moins en moins le lin et la laine à domicile. Les métiers à tisser horizontaux sont apparus, plus complexes et plus lourds à manipuler que les métiers verticaux du 13ème siècle (voir article 13-09). Ces métiers possèdent deux lisses pour séparer les nappes de fils de chaine, que l’on active au pied. On tisse beaucoup plus vite des tissus de plus grande longueur, de plus grande largeur, et surtout plus serrés.
Les sabots en bois (les sclops) font leur apparition à partir de la fin du 15ème siècle ou du début du 16ème. Ils sont initialement vendus par les habitants des vallées des montagnes, avant d’être fabriqués en plaine par des sabotiers, ou à la maison. Un sabotier peut en fabriquer 4 à 5 paires par jour, taillée dans du bois encore vert, puis mises à sécher pour durcir avant d’être portées. Mais attention, on ne rentre pas à l’église en sabots, on les quitte à la porte.
Le mode de culture des céréales n'a pas évolué, mais si le soc d’araire médiéval pesait environ 1,5 kg, le soc renaissance pèse désormais jusqu’à 4 kg. Le sol est donc travaillé un peu plus profondément. La herse fait une timide apparition pour couvrir les semis et permet un léger accroissement des rendements.
Les navigateurs espagnols ont rapporté du Nouveau Monde dans les premières années du 16ème siècle de nouveaux légumes – pommes de terre, tomates, haricots, maïs, courges – mais leur culture en Gascogne n'apparaitra que très progressivement et seulement à partir du milieu du 18ème siècle.
Avec l’abandon du castet, il n’y a plus de four banal à Castex. Les laboureurs aisés avaient probablement commencé à équiper leur maison d’un four à pain domestique. Y-avait-il un fournier indépendant en ce temps à Castex ? Les boulangers de Miélan se déplaçaient-ils à Castex ?
On chasse aussi, ou plutôt on braconne, car en principe la chasse est réservée au seigneur, mais il n’est plus au village à partir des années 1450, alors ... On pose des collets, ou des pièges de toutes sortes. Certains ont pu bricoler une arbalète avec l’aide du forgeron du village sur le modèle des arbalètes des soldats. Plus tard, pendant les guerres de religions, les intendants tenteront de saisir les arquebuses et mousquets dans les villages.
La renaissance du village
On a vu dans l’article précédent que le centre du village s’est profondément transformé, après la fin de la guerre de Cent ans. L’abandon du château moyenâgeux et du castet, la construction de la métairie-château, puis de l’église paroissiale datent probablement de la première moitié du 15ème siècle.
Le village avait hérité de maisons plutôt groupées le long de l’ancienne Ténarèze, que ce soit celles du quartier du château ou celles du quartier de Ginoux (article 13-05). Beaucoup de ces maisons ont été adaptées aux nouvelles configurations que l’on vient de voir, ou agrandies. Toutes les nouvelles constructions ont été bâties le long du nouveau chemin vers Miélan au nord, et vers Bernadets au sud (article 14-04). Après la guerre de Cent ans, les maisons les plus éloignées de part et d’autre de la Ténarèze ont été abandonnées les unes après les autres, puis ont disparu. Le quartier de Ginoux a évolué en premier, puis le quartier du château, devenu le quartier de l’église.
Le castet avait été au Moyen-âge le lieu de convivialité du village comme on l’a vu à l’article 12-02. Il a maintenant disparu, mais le centre du village n’a pas bougé. On s’y retrouve tous les dimanches pour la messe à l’église paroissiale, et pour toutes les fêtes et processions. On rappelle d’ailleurs que dans l’église paroissiale, on écoute la messe debout. Il n’y aura de sièges que beaucoup plus tard.
Il faut ajouter qu’il y avait à Castex une maison appelée "maison commune", ou maison de la communauté, propriété du seigneur de Béon. Elle figure sur le plan cadastral de 1778, localisée à peu près à l’emplacement du foyer rural d’aujourd’hui. On ignore la date de sa construction, mais il n’est pas impossible qu’elle date également du 15ème siècle, succédant alors à un local antérieur du castet. C’est dans cette maison que les consuls étaient confirmés par le seigneur ou par son bayle, ou bailli. C’est sans doute là que l’on venait régler les redevances au seigneur. Elle semble par contre trop petite pour que l’assemblée de la communauté s’y réunisse.
Ces transformations du village ont pu être précédées par la formation, entre 1350 et 1370, de deux grandes métairies, l’une au sud du village et l’autre au nord, rassemblées à partir de terres abandonnées, achetées par des bourgeois de Miélan, ou de plus loin.
Les indices de la constitution de la métairie du sud se trouvent dans les registres paroissiaux de la première moitié du 18ème siècle, où figure une propriété Dossat de 21 arpents (environ 24 hectares). La formation de cette métairie semble avoir contribué à la construction de plusieurs maisons modestes dans son voisinage, pour y loger des journaliers devenus par la suite petits laboureurs (par exemple le groupe de maisons Jaymet ou Jamnets).
Le propriétaire du 18ème siècle, Julien Dossat, ne résidait pas à Castex, mais plusieurs tenures de petits laboureurs ou de laboureurs demi-aisés du même patronyme Dossat en étaient voisines. Cent ans auparavant, il y a déjà entre trois et quatre ménages Dossat dans le même lieu. On peut donc supposer qu’une métairie plus étendue que celle du 18ème siècle s’était formée après la guerre de Cent ans, puis qu’elle a été morcelée au fil des successions. On verra dans un prochain article que la maison des journaliers étaient situées à l’Est de la route de Bernadets, et celle des héritiers Dossat à l’ouest. Car on construit désormais de part et d’autre du nouveau chemin de Bernadets-Debat. Le quartier du midi s’est ainsi développé de plus en plus loin en direction de Bernadets. On reviendra sur les familles Dossat aux 17èmes et 18èmes siècles.
La situation de la métairie du nord du village est différente. Son propriétaire, Pierre Fau, n’est nommé dans les registres paroissiaux qu’à partir des années 1690, et il réside à Mirande. En 1729, cette propriété a pour singularité d’être d’un seul tenant sur une surface de 43,5 arpents (environ 50 hectares). Elle n’a donc pas été morcelée au fil des générations, mais le nom des propriétaires qui ont précédé Pierre Fau reste inconnu. On supposera que cette propriété a été formée dans les premières années qui ont suivi la pandémie, entre 1350 et 1370, par rassemblement de terres abandonnées. Il n’est pas impossible que le bâtiment de la métairie se situait à l’origine sur une parcelle du nom de Borto (prononcé Bourtou, traduit par La Borde) dans le hameau que l’on a appelé le hameau du nord-ouest (article 13-05). Un groupe de plusieurs maisons se trouvait en effet au croisement du chemin Darré dont on a parlé dans cet article 13-05, et du chemin de la Hont. On a pu localiser à cet endroit non seulement la maison au sobriquet Borto, mais également une forge au sobriquet Auressat (la petite forge). Il est donc probable qu’il avait deux forgerons à Castex, l’un dans le quartier de l’église, l’autre dans ce quartier du nord-ouest. Ce groupe de maisons, assez loin du quartier de l’église, a pu servir de soutien artisanal à la métairie du nord. Ces maisons sont abandonnées sur le livre terrier de 1729, mais certaines parcelles en ont conservé le sobriquet. De ce groupe de maisons, il n’en reste aujourd’hui qu’une appelée Bourtoulet (Petit Borto ou Petit Bourtou).
Et le premier propriétaire de cette métairie du nord a peut-être joué un rôle particulier dans la reconstruction de Miélan comme on va le voir.
Les Auquès, un hameau cagot à Castex
Sur les documents cadastraux des 18èmes et 19èmes siècles, on trouve au nord du territoire de Castex, limitrophe de Forcets (Hourcets en gascon, le petit bois, ou le bosquet), hameau rattaché à Miélan, un groupe de maisons appelé Les Auquès. Au moins cinq indices suggèrent que ce groupe des Auquès était à l’origine un hameau cagot sur le territoire de Castex. Les cagots étaient aux 15èmes et 16èmes siècles des personnes discriminées dont l’histoire est succinctement présentée dans l’annexe 7.
- Le nom de ce hameau, ou quartier, s’appelle Les Auquès, (prononcé aouquè) très probablement parce qu’il s’agissait à l’origine d’un hameau cagot. Ce sobriquet aurait pour origine un décret pris en 1407 par le roi Charles VII qui imposa aux cagots de porter un morceau de tissu rouge en forme de patte d'oie sur l'épaule gauche, d'où le nom de pé d'auca en gascon (traduit par patte d’oie), qu’on leur donna en Gascogne. Les cagots de Castex ont alors pu être collectivement dénommés du diminutif Les Auquès (les oisons), qui par la suite est devenu le nom de leur lieu d’habitation.
- Le patronyme Cougot, écrit autrefois Cogot et prononcé Cougoutte, est dérivé du mot cagot. Ces Cougot étaient donc des descendants de cagots. Les registres paroissiaux de Castex contiennent 198 actes concernant ce patronyme entre 1624 et 1720, et 155 entre 1720 et 1792. Puis il s’efface progressivement au 19ème siècle. Castex serait dans le département du Gers le village où le patronyme Cougot est le plus représenté. Ailleurs dans le département les patronymes Cougot sont assez rares. On en trouve quelques-uns dans les villages autour de Castex, probablement issus d'ancêtres castéquois.
- Le chemin de Castex nommé Dou Chrestian, ou à l’origine Deus Chrestias, fait clairement référence à un ou à des cagots. Sur le livre terrier de 1729, il est le plus souvent écrit deus Chrestias. Au 15ème siècle, les cagots étaient aussi appelés Chrestias ou Chrestians.
- Le ruisseau, ou la source de la Caguère n’est probablement pas celui ou celle d’une eau provoquant des troubles gastriques, comme évoqué dans la présentation du village, (page LE VILLAGE – paragraphe 5), mais une source réservée à l’usage des cagots.
- Il y avait au 17ème siècle à Castex une maison appelée Mestrejouan, située à proximité de la métairie Dossat. Il s’agit très probablement à l’origine de la maison d’un maitre charpentier cagot. Car un des métiers principaux des cagots était charpentier.
Et si un hameau de cagots a été implanté au nord du village de Castex ce ne fut pas pour éloigner des habitants réputés malades, ni pour disposer de main d’œuvre pour des travaux agricoles ; ce fut pour engager de la main d’œuvre pour reconstruire Miélan après la destruction de 1370, sur l’exemple de Gaston Fébus qui avait fait appel en 1379 à des charpentiers cagots pour construire la charpente du château de Montaner. On rappelle qu’à la fin du 14ème siècle, et au-delà au 15ème siècle, les cagots n’avaient pas le droit de prendre un métier concernant de près ou de loin la nourriture. Si le village de Castex avait voulu écarter des personnes malades, ou supposées malades, il ne les aurait pas localisés entre la Ténarèze et le nouveau chemin de Miélan. Il les aurait éloignés des chemins les plus fréquentés.
Le scénario suivant lequel un hameau de cagots aurait été implanté au nord de Castex dans le but de contribuer à la reconstruction de Miélan pourrait être le suivant.
On a émis l’hypothèse dans l’article 14-04 qu’une partie des survivants de Miélan s’était provisoirement installée dans des maisons abandonnées à Castex, et dans les villages alentour. C’est à Castex, d’accès rapide et simple à Miélan, que l’organisation, la planification, les décisions liées à la reconstruction ont pu être localisées. Pour gagner du temps, et peut-être pour réduire le coût, les consuls de Miélan réfugiés à Castex ont pu proposer de faire appel à des artisans cagots. La main d’œuvre cagot ne manquait pas. Il y avait plusieurs villages cagots proches de Castex, à Fontrailles (hameau de Laffitau), à Trie (hameau de Cestias), un autre peut-être à Maumus, d’autres dans le piémont pyrénéen et à proximité de nombreux bourgs d’Astarac.
Il a fallu l’autorisation ou l’approbation du seigneur de Béon. Il a fallu l’approbation de la communauté des habitants de Castex réunis par leurs consuls. Il a fallu l’autorisation ou plutôt la volonté d’un propriétaire, le propriétaire de la métairie du nord, pour leur allouer une parcelle pour implanter leurs cabanes. Ce propriétaire serait alors un bourgeois survivant de Miélan. Il aurait proposé une parcelle limitrophe de Forcets, entre le nouveau chemin de Castex à Miélan et l’ancienne Ténarèze. Ce même propriétaire utilisait à Castex la forge d’Auressat qu’il a alors mis à disposition des artisans pour la reconstruction, avant qu’une forge ne s’installe dans le nouveau Miélan.
On a fait venir au moins un cagot maitre charpentier, car les nouvelles maisons seront plus rapidement construites en pans de bois, avec embans, ainsi que des charpentiers, des maçons, des manœuvres, des charretiers (en gascon le charretier est le carrau, prononcé carraou). Impossible de savoir combien de familles de cagots ont occupé Les Auquès à l’origine.
1-L’église paroissiale 2-La nouvelle métairie-château 3-La maison commune 4-L’ancienne chapelle
5- Le hameau cagot des Auquès 6-Le chemin deus Chrestians 7-La maison de Mestrejouan dans le quartier du Midi
8-Le quartier de Ginoux/Gignoux 9-Le quartier du nord-ouest
La reconstruction a duré quelques années, au moins une décennie. Une fois les travaux de Miélan suffisamment avancés, les laboureurs de Castex, puis ceux de Maumus, de Sarraguzan, de Bernadets, d’Estampures ont aussi pu faire appel à ces cagots pour transformer, agrandir, reconstruire leur maison. Et certains parmi les cagots sont restés, ont été autorisés à remplacer leurs cabanes par des maisons en dur.
Il parait vraisemblable qu’une ou deux générations après leur première installation, le seigneur de Béon ait fait appel aux cagots pour construire sa nouvelle métairie-château, puis la nouvelle église à l’emplacement du castet abandonné. Le propriétaire de la métairie du sud les a employés pour construire sa métairie, et a accepté que le maitre charpentier s’installe à côté du chantier dans une maison que l’on a appelé du sobriquet Mestrejouan. Ils ont également peut-être construit les premiers éléments de la métairie du nord qui a succédé à la métairie Borto et que l’on a plus tard appelé métairie de Fau.
Et les cagots de plus en plus intégrés ont pris le patronyme Cougot, ont épousé des filles de souche, sont devenus forgerons, charpentiers, puis tenanciers-agriculteurs. Peut-être que les charretiers sont devenus les Carrau. Car le second patronyme à Castex de 1626 à 1792 est Carrau. Dans la première moitié du 17ème siècle on trouve deux groupes de maisons aux Auquès : un groupe de cinq familles Cougot et un groupe de quatre familles Carrau.
On peut supposer que les Cougot comme les Carrau étaient ambitieux et avaient à cœur de prospérer après des années de discrimination. Au 18ème siècle, où les actes des registres mentionnent les métiers, on peut se rendre compte qu'à l'époque les familles Cougot ne sont plus discriminées, ont accès aux mêmes métiers que les autres habitants, et se marient librement dans le village. Une des explications de la relativement forte population de Castex au début du 18ème siècle par rapport aux paroisses voisines provient peut-être de la vitalité des Cougot et des Carrau. On verra qu’entre 1625 et 1650 plus du quart des ménages avec enfants de Castex étaient des familles Cougot.
Une dernière question concerne le chemin deus Chrestias. Ce chemin part du quartier de Ginoux et conduit au moulin à farine sur l’Osse, puis au-delà du moulin, se prolonge sur le coteau qui domine l’Osse jusqu’à croiser le chemin de Maumus. Le chemin de Maumus est antérieur et parallèle au chemin deus Chrestias. Il mène au hameau d’Artigaux, autrefois Ortigos, puis plus loin au village de Maumus. Alors pourquoi ce nom deus Chrestias ? Y a-t-il eu une cagoterie sur le coteau au-dessus de l’Osse ? Cela parait peu probable. Artigaux est cité à plusieurs reprises comme un bien des seigneurs de Béon sans que ce lieu soit qualifié de cagoterie ou de léproserie. Mon hypothèse est que ce chemin deus Chrestias a été ouvert par les cagots des Auquès pour conduire au moulin de l’Osse lors de sa construction et pour son exploitation. La date de construction du moulin de Castex n’est pas connue. Il appartenait en 1536 au sieur de Laloubère, un des coseigneurs de Miélan. L’article suivant est consacré à ce moulin.
Ainsi le village de Castex a progressivement pris au cours des deux siècles de la Renaissance la configuration qu’on lui connait encore aujourd’hui. Le 18ème siècle sera une autre période de transformations.