Annexe 7 : Les cagots ou chrestians

Publié le 28 mai 2026 à 11:50

Cet article a largement fait appel à la thèse de Françoise Bériac-Lainé, soutenue en 1983 à l’Université de Bordeaux, et à plusieurs de ses ouvrages consacrés aux cagots d’Aquitaine et de Gascogne. Benoit Cursente, historien de la Gascogne médiévale, directeur de recherches à l’Université de Toulouse, a également écrit un livre de référence sur le sujet, publié en 2018 : "Les cagots, histoire d’une ségrégation",

 

Le phénomène des cagots est assez spécifique au sud-ouest de la France, à la Navarre et à la partie occidentale de l’Aragon. Il est attesté qu'il y avait, en particulier en Bigorre, mais également en Astarac, de nombreux hameaux de cagots. Le phénomène plonge ses racines dans les terreurs irraisonnées de la lèpre.

La discrimination des cagots

Il n’y pas de consensus sur l’origine des cagots, ni sur la raison pour laquelle le phénomène fut cantonnée de part et d’autre de la partie occidentale des Pyrénées. On les a désignés sous les noms de chrestias ou chrestians, puis de cagots ou capots.

Les cagots étaient aux 14èmes et 15èmes siècles des personnes discriminées, que l'on disait descendant de lépreux, donc potentiellement contagieuses. Les premières léproseries gasconnes dataient du temps des croisades, donc du 11ème siècle, et les lépreux étaient alors bien souvent des chevaliers et leurs accompagnants de retour de Terre Sainte. On les désignait à l’époque sous le nom de christiani ou chrestiani. Les léproseries, ou ladreries des villes étaient gérées par des congrégations religieuses. Dans les campagnes on cantonnait les lépreux dans des hameaux de cabanes éloignés des villages. La lèpre n’est pas héréditaire, et les malades revenus des croisades n’ont pas eu de descendants lépreux.

Beaucoup plus tard, aux débuts du 14ème siècle apparaissent dans les écrits en langue gasconne les chrestias ou chrestians, puis cagot ou capot au siècle suivant. Ce n’étaient pas des lépreux. On les accusait d’avoir contacté une "lèpre blanche". Cette soi-disant lèpre blanche n’était qu’une maladie fictive. On leur attribuait des préjugés tenaces : sueur abondante, haleine fétide, mains chaudes, … On les éloignait des zones habitées et on les cantonnait loin des villages dans de petits hameaux de cabanes. Comment des villageois ont-ils pu discriminer des personnes qui n’étaient pas malades ? A-t-on éloigné et discriminé comme potentiellement contagieuses des personnes en contact avec des malades de la peste bubonique ou d’autres maladies contagieuses ? Dans les années 1920-1930 certains historiens ont tenté de démontrer que les cagots avaient été discriminé pour n’être pas de race occidentale sur la base de "preuves" largement falsifiées. Personne n’a trouvé d’explication convaincante à la discrimination des cagots.

Aux 14èmes - 15èmes siècles les cagots avaient l’obligation d’habiter dans une cagoterie. Le roi Charles VII en 1407 leur imposa de porter un morceau de tissu rouge en forme de patte d'oie sur l'épaule gauche, d'où le nom de pé d'auca qu’on leur donna en Gascogne. Les cagots ne pouvaient pas toucher les produits alimentaires, ne pouvaient exercer aucun métier en lien avec l'alimentation, ils ne pouvaient pas boire aux mêmes sources ni aux mêmes puits que les villageois. Ils avaient une source ou une fontaine réservée. Ils devaient se marier entre eux. Ils ne pouvaient entrer dans les églises que par des portes spécifiques, souvent plus basses que les portes habituelles. Ils avaient des bénitiers spécifiques. Dans les églises, ils étaient séparés du reste des fidèles par une cloison en bois. Leurs cimetières étaient séparés de celui des autres personnes (des explications complémentaires sont données dans l'église de Bassoues).

L’émancipation des cagots

Ils étaient charpentiers, charrons, maçons, tailleurs de pierres, forgerons. Gaston Fébus employa en 1379-1380 90 maitres charpentiers cagots pour réaliser la charpente du château de Montaner, contre une exemption de droits féodaux et de taille pour une année. Au cours des ans, ils sont devenus des "Mestres" charpentiers auxquels on confiait la construction de maisons en pans de bois, les charpentes des clochers et des hourds, celle des moulins hydrauliques, puis des moulins à vent, des ponts, des tours des châteaux, …

Ils avaient naturellement des contacts avec le reste de la population de par leurs métiers. Peu à peu, ils ont accédé à des métiers jusque-là interdits. Ils se sont donné des patronymes. La discrimination des cagots a progressivement disparu au cours du 16ème siècle, et ils ont peu à peu rejoint les villages ou se sont rapprochés d'eux. Louis XIV a d'ailleurs fait murer les portes des cagots dans les églises. Les comtes d'Armagnac, le Parlement de Toulouse, mais aussi les archevêques et évêques ont pris de plus en plus fait et cause pour eux, même si des différences d’acceptation et des discriminations dans certaines communautés villageoises ont subsisté jusqu’à la Révolution de 1789.

Enrichis grâce à leur travail, ils se sont progressivement intégrés dans les communautés villageoises. Certains ont pu acquérir des parcelles de terre pour y construire leur maison, cultiver leur terre, ou celle de propriétaires en tant que journaliers. Ils ont pu vendre leur propre production. Puis ils ont été invités aux assemblées des communautés en tant que tenanciers. Ils ont pu habiter où bon leur semblait, se marier avec qui ils voulaient, choisir n’importe quel métier.