15-05 Le moulin à farine de Castex

Publié le 13 juin 2026 à 08:56

Les moulins hydrauliques de l’Astarac, et plus généralement de Gascogne présentaient quelques particularités par rapport aux moulins hydrauliques du nord de la Loire.

 

Les moulins à farine de l’Astarac

Le moulin à farine hydraulique (dit aussi moulin bladier, de bled, le blé) n’est pas une invention récente au 15ème siècle. Les Romains en connaissaient la technique, mais sa diffusion dans les campagnes du sud-ouest ne date que des 12ème et 13èmes siècles. Auparavant on écrasait les grains avec un "moulin manuel" (voir article 13-06). L’apparition des moulins hydrauliques conduisit à un gain de productivité important et à libérer de la main d’œuvre.

Les moulins hydrauliques sur les rivières de Gascogne ont commencé à se développer dans les campagnes à partir du début du 12ème siècle, financés et entretenus par les seigneurs. Il y en avait au 13ème siècle au moins un par village sur les rivières les plus importantes. Les premiers moulins étaient des moulins à farine. Puis il y a eu les moulins à foulon, les martinets et les soufflets de forges minières. En 1338 Bernard III de Béon de La Palu cofinance avec des marchands de Marciac la construction d’un moulin à farine à deux meules et à deux roues à foulon sur l’Arros (article 13-04). Le moulin à foulon est utilisé pour attendrir les draps de laine ou de burat en les frappant avec un maillet. Le maillet est actionné par une roue portant des ergots qui soulèvent le maillet, pour le laisser retomber ensuite sur le drap.

La construction d’un moulin hydraulique est coûteuse, et seul un seigneur en avait la capacité. Selon la configuration des lieux, le moulin était bâti sur le cours d’une rivière, ou sur un bief de dérivation. Sur des rivières aussi petites que l'Osse ou le Bouès, il fallait retenir l’eau avec un barrage (la pachère), soit sur la rivière, soit sur le bief. Les biefs devaient être curés au moins une fois par an, à la charge d’une corvée due au seigneur. Et autant le Bouès que l’Osse, à sec plusieurs mois dans l’année, mettaient les moulins au chômage en été.

Les moulins à farine d’Astarac avaient une roue motrice horizontale, en bois de chêne, (l’arroudet) entrainée en rotation par le courant de l'eau. La roue motrice tournait dans une sorte de cuve parallélépipédique maçonnée, en amont de laquelle on avait placé des grilles de pieux de bois pour arrêter les épaves qui pourraient l’abimer. L'eau passait donc sous le moulin. Elle était dirigée sur la roue motrice à travers une trompe (appelée aussi sifflet), un cône en bois fixé sur la maçonnerie de la cuve. Le meunier disposait d’une commande pour ouvrir ou fermer la trompe.  

L’axe vertical de la roue motrice entrainait directement la meule "volante", placée au-dessus de la meule "dormante" qui était fixe. Ces meules étaient taillées dans une pierre "meulière". La plupart provenaient de carrières des vallées pyrénéennes, mais une carrière de pierres meulières existait sur le territoire de Miélan.

Les deux meules étaient striées sur les faces en contact de façon à permettre l’évacuation de la mouture vers la périphérie. Le meunier disposait d’une commande pour contrôler l’écartement des meules. Cette commande était également utilisée pour faire basculer la meule volante à l’aide d’un treuil pour reprofiler les rayures.

Les meules étaient enfermées dans un coffre en bois, le cubo. Une trémie placée au-dessus des meules contenait le grain à moudre. Un auget conduisait le grain depuis la trémie vers un orifice taillé au centre de la meule volante.

Sur l'image de droite : 1-Trémie 2-Auget 3-Meule volante 4-Meule dormante 5-Coffre des meules

La farine produite était évidemment une farine complète qui contenait le son. Avec cette farine on fabriquait un pain "complet". Pour obtenir un pain blanc il fallait la tamiser (le blutage). Le blutage éventuel était effectué à la ferme et non au moulin. Les parties les plus grosses nourrissaient la volaille et les cochons.  

Lorsqu’un moulin à farine était équipé de plusieurs meules, chacune d’entre elles était réservée à un type de grain, froment, millet, méteil, …

La plupart des moulins étaient des moulins banals, mais pas tous. Le moulin du seigneur de Béon sur l’Arros était un moulin libre. Dans le cas du moulin banal le seigneur exigeait que ses tenanciers aillent moudre leur grain à son moulin. La plupart des moulins étaient affermés par leur propriétaire, soit directement au meunier, soit par l’intermédiaire d’un "fermier". Le fermage était un montant fixe que le "fermier" s’engage à verser au propriétaire, quel que soit le revenu du moulin. Le fermage était en grains au 16ème siècle, mais en monnaie au 18ème.  Peu de moulins sont restés banals jusqu’à la Révolution.

Chaque famille apportait son grain au moulin plusieurs fois dans l'année, car on ne conservait pas la farine très longtemps. Le meunier était payé en grains (la pugnère), entre un douzième et un seizième en volume du grain à moudre. Il y avait toujours dans la meunerie des unités de mesure en bois, plus tard en fer blanc, ce qui n’empêchait pas les meuniers d’être fréquemment accusés de fraude.

Les moulins à vent d’Astarac furent plus tardifs que les moulins hydrauliques. Bien souvent ils complétaient un moulin hydraulique lorsque celui-ci manquait d’eau. Ils étaient constitués d’une tour cylindrique maçonnée. La toiture portait les ailes et pouvait pivoter sur la tour pour orienter les ailes dans le vent. Le mouvement était transmis à la meule "volante" par un renvoi d’angle.  

Le moulin à farine de Castex

Le moulin hydraulique de Castex est répertorié n°15-011 sur l’enquête-recensement des moulins de Mirande-Astarac édité par le Nouveau Cercle d’Histoire et d’Archéologie de Miélan, et publié par la SAH du Gers.

Il figure sur la carte de Castex des Cartes et Arpentages du duché d'Antin, datée de 1717, sur le plan de la reconnaissance féodale de Castex de 1778, et sur le cadastre napoléonien de 1836. Si l’on se fie à la carte de 1717, le bief prenait l’eau au niveau du gué du chemin de Maumus sur l’Osse, soit environ 400 mètres en amont du moulin. Une telle distance permettait de disposer d’une bonne réserve d’eau car à Castex, en dehors des périodes pluvieuses, le débit de l’Osse est faible. Sa source n’est distante du moulin que d’environ 5 kilomètres, sur la commune de Bernadets-Debat. Sur la carte de 1717 le moulin est placé sur l’Osse et non sur le bief. Si la reproduction est fidèle, le bief ne servait donc que de trop plein à la retenue d’eau. On y accédait depuis le village par le chemin dou Chrestian (autrefois deus Chrestians). Voir l’article précédent.

Extrait des Cartes et Arpentages du duché d'Antin (Source gallica.bnf.fr/BnF)

La date de construction de ce moulin n’est pas connue. Selon le texte de l’enquête-recensement, le moulin de Castex aurait appartenu dès 1536 au Sieur de Laloubère, à l’époque un des co-seigneurs de Miélan. Le Sieur de Laloubère possédait un autre moulin sur l’Osse, sur le territoire de Miélan (N° 15-037), aujourd’hui disparu. Il est probable que le fonctionnement de ces deux moulins était coordonné, car retenir l’eau de l’Osse au moulin de Castex, pouvait mettre le moulin de Miélan en "panne sèche".

Plus tard, peut-être au 17ème siècle, un moulin à vent a été élevé sur le haut du coteau qui domine le moulin de l’Osse, sur le hameau d’Artigaux (autrefois Ortigos) rattaché à Maumus (aujourd’hui commune de Sarraguzan), recensé sous le numéro 15-073. Il est probable que le moulin hydraulique et le moulin à vent étaient exploités par le même meunier. Le texte de 1711 déjà mentionné indique que les terre d’Artigaux et de Sadeillan étaient données en fermage au Sieur Despaux pour une rente de 16%. La situation du moulin à vent n’est pas précisée. 

Le marquis d’Antin pris possession des deux moulins du Sieur de Laloubère en 1646 comme on le verra dans un prochain article. A partir de 1711 Miélan, comme Castex, faisaient partie du duché d’Antin. Il est mentionné dans les Cartes et Arpentages du duché que les habitants de Castex avaient l’obligation d’aller moudre "au moulin du seigneur". Il y avait sans doute quelques libertés car les deux moulins de Miélan, l’un sur l’Osse, l’autre sur le Bouès appartenaient au même seigneur d’Antin. Ni le montant du fermage, ni le nombre de meules du moulin de Castex ne sont spécifiés.

Le moulin hydraulique de Castex est aujourd'hui ruiné. Il subsiste un pan de mur comportant rez-de-chaussée et étage, une meule affaissée dans une des salles de meunerie, et des éboulis au milieu d'une végétation dense. Le bief d'amenée d'eau est aujourd’hui comblé sur la plus grande partie de son parcours. Ces ruines ne sont pas celles du moulin de 1536, ni celles du moulin de 1711, comme on le verra dans un article consacré au 18ème siècle.

 

Le prochain article sera le dernier consacré à la période la Renaissance, qui verra la disparition de la Gascogne. Commencent alors ce que les historiens appellent les Temps Modernes.

Avec le 17ème siècle on entre aussi dans la période de l’histoire de Castex documentée. Après une introduction sur le Grand Siècle, les articles consacrés au village de Castex exploiteront les registres paroissiaux en deux périodes : de manière détaillée les années 1623 à 1649, puis la fin du siècle moins documentée, on en verra la raison. Le livre terrier de 1729 et les noms des maisons rapportées dans les registres du 17ème siècle nous permettront de tenter une reconstitution partielle du village et de ses habitants vers 1650.