17-07 Castex : le village sous Louis XIII

Publié le 30 septembre 2026 à 10:32

Après la démographie du village de Castex, puis une vision de l’organisation des familles et l’estimation de sa population, cet article et les deux suivants sont consacrés à la description du village proprement dit, à la localisation des maisons et de leurs habitants. Pour cela il est nécessaire de commencer par présenter la crise des dernières années du 17ème siècle.

 

Le livre terrier de 1729 recense tous les tenanciers de Castex, leurs maisons et leurs propriétés, parcelle par parcelle. Comme il n’y rien de tel pour les années 1624 – 1649, la description du village sous Louis XIII se réfèrera aux noms des maisons et à ceux des parcelles de ce livre terrier. Si l’on s’en tient aux tenanciers recensés en 1729, le nombre d’habitants de Castex avait très sensiblement baissé par rapport à l’estimation des années 1624-1649 donnée dans l’article précédent. Par ailleurs un nombre relativement important de maisons mentionnées dans le registre paroissial des années 1624-1649 semble avoir disparu sur le livre terrier de 1729. Certaines ont pu changer de nom, mais d’autres auraient vraiment disparu. La crise démographique des dernières années du 17ème siècle, déjà mentionnée dans l’article 17-05, pourrait ainsi avoir transformé le village de Castex en profondeur, réduit la population, fait disparaitre des lieux d’habitation. On commence donc par évoquer cette crise des années 1693-1698, avant de proposer une méthode pour retrouver, autant que faire se peut, le village sous le règne de Louis XIII.

La crise démographique des années 1693-1698

La grande famine de 1693-1694

On a évoqué les aléas climatiques du 17ème siècle dans l’article 17-05. Divers documents vont nous permettre d’entrer un peu plus avant dans la période 1693-1698, durant laquelle le royaume de France subit une crise profonde et quasiment générale.

A compter de 1691 un cycle dramatique se mit en marche dans presque tout le royaume. Des grêles de fin de printemps et de début d’été ont ravagé les vignes et les champs de grains, alors que le temps des moissons était proche. La récolte fut maigre. L’année suivante fut à peine meilleure. Puis l’hiver 1692 fut très rigoureux, suivi d’un printemps particulièrement pluvieux. Les moissons de l’année 1693 furent encore plus maigres que celles de l’année précédente, et le prix du grain s’est envolé. Son prix sur les marchés a doublé, puis triplé. Des greniers furent pillés. A la fin de l’hiver 1693-1694, il n’y avait plus rien à manger. La mauvaise nourriture, du pain fait de farine de racines de fougères, de la soupe d’herbes bouillies, des viandes avariées, ont provoqué des maladies, des "fièvres putrides, malignes, pestilentes, avec atteinte intestinale, taches abdominales (le pourpre), prostrations, rêveries, assoupissements". Les historiens modernes parlent également d’épidémies de typhoïde.

Au manque de nourriture s’est ajouté au cours de ces années l’impossibilité pour de nombreux paysans de payer la taille, d’autant que cette famine s’est accompagnée de son augmentation, puis de la création de la capitation en 1695 (pour la taille et la capitation, voir l’article 17-04). Certains ont commencé à vendre des parcelles, puis leurs animaux. Mais plutôt que de se retrouver en prison, ceux qui n’avaient plus rien ont abandonné leur tenure pour aller mendier. Mais les villes et bourgades, derrières leurs remparts, leur fermaient les portes. Les mendiants errants, affamés, mettaient le feu aux étables dans les campagnes pour bruler et dévorer les animaux. Les convois de grains réquisitionnés pour l’armée étaient attaqués. Le nombre d’enfants abandonnés fut en forte hausse. En 1694, il y eut un excès d’au moins 1,5 millions de morts de faim et de maladies pour une population d’environ 20 millions d’habitants, soit, en proportion de la population totale du royaume, deux fois plus de morts qu’au cours de la guerre de 1914-1918.

L’exportation de grains avait été interdite, mais les intendants étaient tenus d’assurer en priorité le ravitaillement de l’armée et celui de Paris. Les faibles capacités d’intervention de l’autorité royale et la guerre interminable suscitèrent de vives critiques. Fénelon écrivit dans une lettre au roi : "Vous avez détruit la moitié des forces réelles du dedans de votre État pour faire et pour défendre de vaines conquêtes au dehors. […] La culture des terres est presque abandonnée, les villes et les campagnes se dépeuplent ; tous les métiers languissent et ne nourrissent plus les ouvriers ; tout commerce est anéanti (...). La France entière n’est plus qu’un grand hôpital désolé et sans provision".

La famine de 1693-1694 a concerné l’ensemble du royaume, excepté la zone provençale. Mais dans le sud-ouest, les années suivantes ne mirent pas fin à la famine. L’année 1695 fut à nouveau pluvieuse et une grande partie des grains qui n’avaient pas été dévorés verts par les mendiants errants dans les campagnes, pourrissaient sur pieds. La production de grains s’est relevée un peu en 1697, mais le printemps 1698 fut encore une période de disette dans les campagnes du sud-ouest.

La documentation sur cette période concernant la Gascogne est rare. Le témoignage le plus proche de ce qui s’est passé dans le secteur de Castex provient des délibérations des consuls des villages de la Perche de Mirande en janvier et février 1697 (Archives départementales du Gers). Elles donnent une idée du dépeuplement des villages et de la manière dont on gérait cette situation.

Les délibérations des consuls des villages de la Perche de Mirande en 1697

La Perche de Mirande comprenait 18 communautés. Elle avait été créée après les errements de Mathe d’Astarac en 1520 (voir l’article 15-01), lorsqu’en 1529 François 1er avait confisqué le comté d’Astarac, avant de le rendre plus tard au petit-fils de Mathe, Henri de Foix-Candale. Pendant les années de confiscation, Mirande fut administrée par des consuls et un maire. Ils exerçaient une tutelle sur 18 communautés environnantes. L’ensemble prit le nom de Perche de Mirande et cette organisation perdura jusqu’en 1789.

Nous sommes donc en janvier et février 1697. Les consuls de chacune des communautés de la Perche de Mirande réunissent les tenanciers "hauts taxés" de leur village, réputés "les parties les plus saines et principales des habitants", pour délibérer sur les biens abandonnés. Le principal problème débattu concerne le paiement de la taille et la désignation d’un collecteur. Le montant de la taille à payer par chaque communauté était fixé par l’administration royale et ne pouvait être ajusté au nombre d’habitants. Un collecteur de taille était désigné chaque année dans chaque communauté, en principe sur volontariat. Le collecteur était défrayé de sa charge, mais ne pouvait justifier de défauts de paiement de la part des habitants. La taille était due, gagée sur ses biens et ceux des consuls de la communauté.

La première décision des assemblées a consisté à lister les biens abandonnés sur le territoire de la communauté pour les déclarer en "non-valeur". Ainsi le 14 janvier 1697, la délibération de l’assemblée des consuls et hauts taxés de la communauté de Saint-Jaymes, voisine de Saint-Michel, rapporte : "A été proposé par le sieur Deffes qu’à cause de l’extrême misère du temps et (de la) mortalité de gens depuis environ trois à quatre années plusieurs articles dudit lieu sont tombés en non-valeur, soit par la mort desdits possesseurs, soit que d’autres les ont abandonnés pour n’avoir pu payer les tailles, ni avoir du grain pour ensemencer les terres, …".

Entre le 3 janvier et le 12 février, chacune des communautés a ainsi dénombré les biens, en fait les tenures, maisons et terres, déclarés en non-valeur. On en compte de 3 à Pouyguillès, jusqu’à 12 à Saint-Michel. Aucune communauté n’est indemne. Certains biens sont dits abandonnés et laissés en friche depuis 4 ans. Les noms des tenanciers sont mentionnés, ainsi que leurs métiers. On y trouve des laboureurs, et plus particulièrement des artisans, et des chirurgiens (le chirurgien n’était pas médecin. C’était le barbier, l’arracheur de dents, il posait les attelles sur les fractures). Car ceux qui ne vivaient pas des produits de la terre n’avaient de revenu que des services rendus aux habitants. Or ceux-ci n’avaient plus rien à leur donner, ni en espèces, ni en nature.

Selon des modalités qui sont prévues dans le règlement royal de 1666, les terres "vacantes" dites en "non-valeur", c’est-à-dire les biens en déshérence ou abandonnés par leur légitime propriétaire, reviennent à la communauté qui est libre de les rattacher aux biens communaux ou de les céder à qui veut se charger d’en payer la taille : « […] si nonobstant que les cadastres et compoix soient faits en la manière susdite, il se trouve encore des biens dans les communautés qui fassent des non-valeurs, étant abandonnés et non cultivés, Sa Majesté a ordonné et ordonne […] aux propriétaires desdits biens abandonnés […] de reprendre la possession d’iceux, ou autrement qu’ils en seront déchus… ». Ces biens pouvaient donc être repris par leur propriétaire ou leurs héritiers, initialement dans les dix ans, mais ce délai ayant paru trop long, il fut réduit à trois ans.

Pour finir l’assemblée des villages décide que les biens en non-valeur seront "baillées à cens" à qui se présentera pour les prendre en charge et en payer la taille à l’avenir. Certains biens abandonnés le sont depuis plusieurs années, et les maisons sont en mauvais état "presque irréparables", les terres en friche impossibles à cultiver en l’état. Certaines communautés votent alors la démolition de ces maisons et la mise en vente des matériaux récupérés pour payer les aréages de taille. 

Du fait que le montant de la taille à collecter ne peut être ajusté ni au nombre de tenures occupées, ni au nombre d’habitants, l’assemblée commence par convenir que le montant de la taille qui était due par les tenanciers qui ont déserté ou qui sont morts, sera reporté "au marc la livre" (au prorata) sur le rôle des habitants de la communauté.

Il s’agit ensuite de trouver un volontaire pour en assurer la collecte. Le collecteur n’aura pas à craindre la non perception sur les biens en non-valeur. Le collecteur est par ailleurs systématiquement autorisé à saisir les récoltes des mauvais payeurs et à en assigner la mise en vente, ainsi que celle de leurs biens. Ceux qui n’ont pas de quoi payer n’ont pas d’autre issue que de vendre, s’ils trouvent un acheteur, ou de déserter, plutôt que de se retrouver en prison.

Les cahiers de délibérations ne rapportent pas comment la situation des biens en non-valeur a évolué au cours des années ultérieures, ni combien d’années ont été nécessaires pour repeupler les villages.

Mortalité et désertions à Castex entre 1693 et 1698

Combien y a-t-il eu de désertions, de tenures abandonnées à Castex durant ces années terribles, par mortalité ou par désertion ? Combien de tenures ont été reprises ou achetées par la suite ?  Aucun document sur ces sujets n’a survécu. La seule référence de la situation antérieure à cette crise reste le registre paroissial des années 1624-1649, à comparer à la situation postérieure que l’on trouve dans le livre terrier de 1729.

On peut imaginer que les premiers à être contraints de quitter leur employeur, ou de quitter le village pour aller mendier en ville, furent les domestiques et les servantes, puis les sans-terres, n’ayant plus ni travail, ni ressource. Ensuite ont déserté ceux qui avaient de trop petites tenures pour en vivre sans travailler pour d’autres. Leurs employeurs n’avaient plus de quoi les payer, ni en espèces, ni en nature. Puis vinrent les artisans qui n’avaient plus de clients, et trop peu de terres pour en vivre. Les ménages organisés en maisons-familles ont probablement fait face ensemble jusqu’à l’épuisement de ressources mises en commun. La solidarité familiale a certainement eu un rôle important dans la survie de nombreux ménages. On verra néanmoins dans la description du village dans les années 1721-1750 que certaines familles du Castex du 17ème siècle ont beaucoup souffert de cette crise. Ainsi on a dénombré six ménages Dossat au quartier du midi avant la crise, puis un seul après son extinction.

On verra plus loin que l’on peut estimer, sur la base du nombre de maisons disparues, que Castex a perdu environ trente ménages lors de la crise démographique de 1693-1698, soit près du tiers de sa population de 1650. Vingt ans plus tard, en 1717, dans l’Aveu et Dénombrement du duché d’Antin, Castex est donné pour avoir 80 feux, soit 80 ménages, 20 ménages de moins que l’estimation de la population avant la crise, donnée dans l’article précédent. Le "baby-boom", qui survenait après chaque crise démographique, avait commencé à repeupler le village dès l’année 1700 : on se mariait alors plus jeune, les veufs et veuves encore jeunes se remariaient, le nombre de naissances croissait fortement.

Les informations contenues dans l’Aveu et Dénombrement du duché d’Antin sont trop globales et trop parcellaires pour reconstituer le village d’avant la crise, inventorier et localiser les maisons abandonnées. On s’est donc basé pour cela sur les informations contenues dans le livre terrier de 1729.

Comment on a reconstitué le village sous Louis XIII

Le registre paroissial des années 1624-1649 donne, pour la quasi-totalité des actes, le nom de la maison des époux dans les actes de mariage, celui de la maison des parents des baptisés, celui de la maison des morts. Reconstituer le village sous Louis XIII suppose de retrouver leur localisation. La difficulté concerne d’une part celle des maisons dont le nom a changé au siècle suivant, et d’autre part celle des maisons disparues. La référence est la description très précise du village que l’on obtient en exploitant le livre terrier de 1729.  

Les noms des maisons dans les registres

Dans les villages, chaque maison a un nom, que l’on appelle localement un sobriquet. Celui des maisons des roturiers est généralement le prénom du bâtisseur ou du propriétaire, mais celui des maisons des bourgeois est leur patronyme. Il y a plusieurs exemples à Castex : Clament est la maison de Clément, sans doute un Clément Dastugue, Richard, la maison d'un Richard Dossat, Peymarty est la maison des frères Pierre (Pierre est Pey en gascon) et Martin Cougot. Mais la maison du notaire est appelée Courtade, et celle du praticien est appelée Pradère, leurs patronymes.

Lorsqu'un gendre prend la succession de son beau-père, la maison ne change pas systématiquement de nom. Ainsi Daguet, la maison de la famille Drouillet, ne change pas de nom lorsque Joseph Blousson épouse l'héritière. Par contre la maison Au Miquelet (autrement dit A Petit Michel), maison d'un ménage Milhas, prend le nom du nouveau propriétaire lorsque Arnaud Dutrey en prend possession. Cette pratique restera inchangée jusqu’au début du 21ème siècle. Aujourd’hui les noms des maisons se perdent, remplacés par des numéros.

Maisons et groupes de maisons

On a fait l’hypothèse que les curés n’ont omis aucune maison, ni aucun groupe de maison du village, dans les actes des registres paroissiaux du 17ème siècle. On compte ainsi 53 maisons individualisées par leur nom, et 10 groupes de maisons de même nom, hébergeant des ménages de même patronyme ou de patronymes différents. Parmi ces dix groupes de maisons, deux ont disparu en 1729 et doivent être localisés. Pour ce qui est des 53 maisons individualisées, 21 ont conservé leur sobriquet au siècle suivant, 6 ont d’évidence changé de nom, et 31 autres ont disparu. Il est possible que parmi les 31 maisons disparues, certaines aient également changé de nom, mais aucun indice n’a permis de l’entrevoir.

Pour reconstituer le village sous Louis XIII, la difficulté consiste donc à localiser les maisons et groupes de maisons disparus.

Les maisons qui ont changé de nom

La localisation des 6 maisons qui ont changé de nom est sûre, soit grâce à la permanence des patronymes des propriétaires, soit par des indices dans le livre terrier.

  • A Ginoux : Pradère a pu succéder à Peyrot, Miquelet est devenue Dutrey,
  • Au sud de l’église : Gendre deviendra Comté,
  • Sur le chemin de Maumus : Bernès est devenu Hauré,
  • Proches de la chapelle : Valent est devenu Michot, Laguerre deviendra Carreu.

Les groupes de maisons

On a distingué deux types de groupes de maisons portant un nom unique, celles qui hébergeaient des ménages de même patronyme, et celles qui hébergeaient des ménages de patronymes différents :

  • Type 1 : Cinq groupes de maisons hébergeaient des ménages de même patronyme : deux groupes aux Auquès, l’un de quatre ménages Cougot, l’autre de cinq ménages Carrau, un groupe de six ménages Milhas à Ginoux, un groupe de quatre ménages Mailhes à Douat, et un groupe de quatre ménages Cougot à Jamnets. Leurs localisations est sûre. On compte dans ces cinq groupes un total de 22 ménages avec enfants et quelques personnes âgées, le plus souvent veufs ou veuves. Le nombre de maisons dans ces groupes ne peut pas être appréhendé. On verra qu’en 1729 il y avait huit maisons Milhas à Ginoux, pour six ménages entre 1624 et 1649. On peut donc raisonnablement estimer que les 22 ménages des cinq groupes de type 1 habitaient dans près de 20 maisons.
  • Type 2 : Cinq autres groupes de maisons de même nom hébergent des ménages aux patronymes différents : trois ménages à Bourtou, deux à Domenjas et trois à Chouteau au nord de l’église, trois à Cricail au Midi et deux à Sartes. Les groupes Bourtou et Sartes ont disparu et demandent à être localisés. On supposera que pour les groupes de type 2, il y avait autant d’habitations que de ménages de patronymes différents. On y a donc compté un total de 13 maisons.

Une majorité de ménages aux patronymes dominants, mentionnés dans l’article précédent, résidait dans des groupes de maisons de type 1 :

  • Ménages Cougot : 5 sont au quartier nord, 5 au quartier de l’église, 9 au quartier du midi, soit 19 sur un total de 25 ;
  • Ménages Carrau : 7 sont au quartier nord, 4 au quartier de l’église, soit 11 sur un total de 16 ;
  • Ménages Milhas : 10 sont au quartier de Gignoux, 2 au quartier de l’église, soit 12 sur un total de 13 ;
  • Ménages Mailhes : 4 sont au quartier de l’église, coté Est (lieu-dit Douat), soit 4 sur un total de 4 ;
  • Ménages Dossat : 6 sont au quartier du midi, soit 6 sur un total de 6.

Par contre les ménages Vergès étaient dispersés : 1 est au quartier nord, 1 au quartier de Gignoux, 2 au quartier de l’église, 4 au quartier du midi, soit 6 sur un total de 9 ;

Les maisons disparues

Pour localiser au moins une partie des 31 maisons et les 2 groupes de maisons réputés disparus, on a utilisé la méthode suivante :

  • Quelques sites, qui comportaient probablement plusieurs maisons au 17ème siècle, en ont perdu au siècle suivant, ainsi à Domenjas et à Chouteu, au nord de l’église, le nombre de ménages résidents passe de deux à Domenjas, de trois à Chouteu, à un seul pour chacun des deux sites. Leur localisation ne pose pas de problème ;
  • Certaines parcelles du livre terrier ont conservé le nom d’une maison disparue. La lecture des confronts permet alors la plupart du temps de localiser la parcelle sur laquelle elle était bâtie. Auressat, Bourtou, et Seindin ont été localisées ainsi ;
  • Quelques-unes de ces maisons sont habitées au 17ème siècle par un ménage au patronyme unique à Castex. Lorsque l’on retrouve en 1729 une maison habitée par un ménage de ce même patronyme, on a fait l’hypothèse que la maison a changé de nom pour une raison inconnue, mais pas de famille résidente. Gendre (famille Porte, prononcé Pourté en gascon) a été localisée ainsi ;
  • Lorsqu’une maison disparue est habitée par un ménage au patronyme dominant, on a supposé qu’elle se trouvait proche d’un groupe de maisons habitées par des ménages de ce même patronyme. Deliroy (famille Milhas) est supposée proche de Ginoux, fief de la famille Milhas, Bernardou, (familles Cougot) est supposé proches de groupes "Cougot", Pierret et Sartes (familles Dossat), proches d’autres maisons Dossat ;
  • Parfois un indice du registre paroissial permet une localisation ; ainsi le curé indique qu’une maison Berroy est voisine du presbytère.

Sur ces 33 maisons et groupes à localiser, 22 ont été localisées ainsi, de manière plus ou moins sûre :

  • A Ginoux, coté ouest du chemin de Miélan : 3 maisons sont à Bourtou, 1 à Auressat et 2 à Manaud ;
  • A Ginoux coté Est ou ouest : une maison est à Deliroy ;
  • Au nord de l’église : il pourrait y avoir deux maisons à Domenjas en 1650, et trois à Chouteau, chacune habitée par des ménages de patronymes différents. En 1729, ne restent qu’une maison à Domenjas comme à Chouteau ;
  • Au sud de l’église : une maison est à Peyronet, deux maisons à Berroy ;
  • Sur le chemin de Maumus : une maison est à La Seigne des Hauré ;
  • Au sud-est de la chapelle : une, peut-être deux, maisons sont à Seindin, une à Gentieu et une à Moureau ;
  • Au quartier du Midi : ont disparu, une maison à Bernardou, une à Pierret et deux maisons à Sartes, deux maisons à Cricail sur les trois probables en 1650.

Mais 11 maisons n’ont pu être localisées :

  • Trois maisons de ménages Cougot, aux noms de Jean Mirhon, de Lou ou Lou-Lhiné (petit-fils en gascon), et de Routge. Un ménage Sorbet se trouve également à Lou Lhiné ;
  • Quatre maisons de ménages Carrau, aux noms de Pastouret (le berger), de Patin, de Salaret (le marchand de sel ?), de Terrou Cantou et Terrou Mignau. Un ménage Lamarque occupe également une maison à Terrou Mignau ;
  • Deux autres maisons sont restées introuvables : Paule, la maison de Pierre Colomes, le tisserand, et Petiton, la maison d'un Dominique Vergès.

A partir de l’estimation du nombre de maisons des groupes de types 1 et 2, le nombre total de maisons du Castex des années 1624-1649 devait être compris entre 80 et 90 pour 105 ménages. Cela faisait de Castex un assez gros village.

Le village, ses quartiers, ses habitants sous Louis XIII

Les ménages et leurs maisons

L’ensemble des maisons localisées, disparues ou non, seront présentées avec leurs habitants dans les deux articles suivants, quartier par quartier. Les ménages qui seront mentionnés dans chacune des maisons et groupes de maisons dans ces deux articles sont ceux qui se sont mariés ou qui ont eu des enfants entre 1624 et 1649. Pour chacun de ces ménages, on indiquera entre parenthèses la première et la dernière année de leur apparition sur le registre paroissial. Le plus souvent ces dates correspondent à la période au cours de laquelle ils ont eu des enfants.

Lorsqu’une personne se marie à Castex, puis que le couple disparait du registre, ce couple n’a pas été pris en compte comme résidant. Les cas de naissances particulières cités dans l’article 17-05 n’ont pas non plus été pris en compte comme résidant.

Comme indiqué dans l’article précédent, les personnes décédées, âgées, sans enfants nés sur la période, qui ne figurent sur le registre que pour leur décès, sont supposées avoir cohabité avec un de leurs enfants mariés jusqu’à leur décès. Ils ne sont donc pas comptés comme ménage.

Les ménages des maisons disparues

On a compté à l’article précédent 105 ménages au village entre 1624 et 1649. Environ trente d’entre eux habitaient dans des maisons qui ont disparu au siècle suivant. Les registres des années 1650 à 1720 sont trop lacunaires pour que l’on puisse relier les ménages de 1624-1649 à ceux de 1721-1749. On ne peut que supposer qu’au cours des années 1693-1698 certains d’entre eux ont déserté, que d’autres sont tous morts, que plusieurs ont déménagé, mais le nombre de ménages réellement disparus est impossible à évaluer avec certitude.

La description du village : ses quartiers et leurs maisons

La description du village sous Louis XIII dans les deux articles suivants sera par la suite actualisée aux 18èmes et 19èmes siècles avec la même présentation. Le village a ainsi été décomposé en quatre quartiers le long de la route de Miélan à Trie, soit du nord au sud :

  • Le quartier Nord, depuis la limite avec Miélan-Forcets jusqu’au chemin de La Lanne (aujourd’hui branche Bordeneuve sud), comprenant les écarts de Peyroulou et de la Bordeneuve ;
  • Le quartier de Ginoux (aujourd'hui Gignoux), depuis le chemin de La Lanne jusqu’au chemin deu Christias ; on distinguera les groupes de maison du nord de Ginoux, de l’ouest de Ginoux, et le groupe Ginoux proprement dit ;
  • Le quartier de l'église, décomposé en le nord de l’église, y compris le moulin sur l’Osse, le sud de l’église jusqu’à l’ancien chemin d’Estampures, les maisons du chemin de Maumus, et les maisons proches de la chapelle ;
  • Le quartier du Midi, décomposé en Midi Est et Midi Ouest par rapport à la route de Trie, et jusqu’à la limite avec Bernadets-Debat, le coté Est à partir de la maison Trouillès, le coté ouest depuis l’ancien chemin d’Estampures.

Chacun des quartiers sera présenté par maison ou par groupe de maisons avec les ménages qui y résident. Chaque ensemble est décrit par sa situation dans les années 1624-1649.

La localisation des maisons disparues reste approximative. Il faut préciser que le village de Castex fut de tout temps un village de maisons dispersées. Les maisons, groupées autant qu’individualisées, ne sont pas mitoyennes. Chacune dispose de son jardin potager à proximité, d’un patus où divague la volaille, et pour les maisons de laboureurs, d’annexes plus ou moins nombreuses. Il n’y a pas eu d’évolution notable de l’habitat depuis la description donnée à l’article 15-04. L’alimentation, les cultures du jardin potager n’ont pas évolué. On ne cultive pas encore, ni la pomme de terre, ni le haricot, ni le maïs, toutes ces cultures importées d’Amérique par les Espagnols au 16ème siècle.

 

Les deux articles suivants proposent une description du village tel qu’il aurait pu se présenter sous Louis XIII, densément peuplé, avec les maisons qui ont survécu à la crise de la fin du siècle, avec celles qui ont changé de nom, et celles qui ont disparu. Le premier est consacré au quartier nord et au quartier de Ginoux/Gignoux, le second aux autres quartiers.