Cet article et le suivant décrivent un village de Castex reconstitué, tel qu’il aurait pu se présenter sous le règne de Louis XIII. On y nomme chaque maison et les ménages qui y résidaient entre 1624 et 1649.
Pour mémoire, les années entre parenthèses qui suivent l’identification des ménages sont celles pour lesquelles ces ménages sont visibles sur le registre paroissial.
Les quartiers nord de Castex étaient composés de trois ensembles :
- Le hameau des Auquès, limitrophe de Forcets, dont on a déjà parlé dans l’article 15-04, auquel j’ai adjoint une maison isolée, Peyroulou ;
- Le hameau des Bourtou (ou Bourtous), évoqué dans les articles 13-05 et 15-04 sous le nom de hameau du nord-ouest, auquel on a pu donner un nom grâce à la localisation de maisons disparues. De ce hameau il ne reste aujourd’hui que deux maisons, Bourtoulet (ou le petit Bourtou) et Miguerre ;
- Le hameau de Ginoux, composé lui-même du "clos de Ginoux" et de quelques maisons plus au nord.
Deux faits sont signalés dans cet article, qui se sont probablement déroulées dans les quartiers nord un peu plus tard, entre 1690 et 1710 : la construction de la métairie de Fau, proche des Auquès, et celle de la maison Pradère, face au "clos de Ginoux".
Castex : les quartiers nord sous Louis XIII
Les zones habitées sont de couleur bordeaux. Le hameau des Bourtou occupait l’espace hachuré, partiellement hypothétique.La métairie de Fau et la maison Pradère sont postérieures à la période 1624-1649
Le hameau des Auquès
Les Auquès
Les Auquès sont au milieu du 17ème siècle un gros hameau à la limite de la paroisse de Forcets, sur le côté Est du chemin de Miélan, comprenant un nombre indéterminé de maisons, avec un total de neuf ménages, cinq ménages Carrau et quatre ménages Cougot. Selon les hypothèses proposées dans l’article 15-04, ces ménages étaient les descendants des cagots amenés là au 15ème siècle pour contribuer à la reconstruction de Miélan. On peut supposer que ce hameau des Auquès comprenait deux groupes de maisons, un groupe habité par les ménages Carrau et un groupe habité par les ménages Cougot. On remarquera que sur neuf ménages, un seul est "mixte", avec un époux Cougot et une épouse Carrau.
Les cinq ménages Carrau : Arnaud et son épouse Catherine Lamarque (1626-1632), Philippe et son épouse Marie Vergès (1638-1649), Jean et son épouse Marie Lamarque (1634-1646), Michel et son épouse Jeanne Despaux (1626-1649), et un autre Michel et son épouse Mengine Lamarque (1626-1638). Au total ils ont eu 15 enfants, nés entre 1626 et 1649. Les trois épouses Lamarque sont originaires de Maumus. Le registre ne permet pas de savoir si elles étaient trois sœurs, ni si leurs époux Carrau étaient des frères ou des cousins.
Les quatre ménages Cougot : Dominique et son épouse Domengea Lasvignes (1638), Jean et son épouse Domengea Bezian (1633), Menjon (diminutif de Dominique) et son épouse Domengea Carrau (1624), et Vital et son épouse Catherine Lamarque (1629-1647). Au total ils ont eu 10 enfants nés entre 1624 et 1647.
Ainsi, il a pu y avoir entre trente et quarante habitants aux Auquès dans la première moitié du 17ème siècle. On verra d’autres groupes de familles Cougot et Carrau dans le quartier de l’église et dans le quartier du Midi.
Peyroulou
Peyroulou (pour Petit Pierre, ou pour les Pierrailles) est la maison d’une famille Leiche, ou Lesche, jusqu’en 1782. Peyroulou est implantée en bas de la boubée de Castex. C’est la seule maison aussi loin du chemin de Miélan, au croisement d’un chemin venant de Forcets et au-delà de Miélan, continuant vers le sud jusqu’au chemin de la Lanne, et vers l’ouest sur chemin de Fau. Pourquoi une implantation aussi éloignée et aussi isolée ? Il est possible que la première installation d’un tenancier à Peyroulou soit celle d’un percepteur du péage féodal sur ces chemins. D’autres explication sont possibles.
On trouve à Peyroulou Antoine Leiche qui a pour épouse Jeanne Cougot (1635-1641), puis Jean Leiche époux de Marie Baudéan dans les années 1650, enfin Arnaud Leiche dans les années 1690, époux de Marie Mailhes.
Le hameau des Bourtou
Le hameau des Bourtou que l’on a évoqué dans plusieurs articles antérieurs sous le nom de hameau du nord-ouest, était situé à l’ouest du chemin de Miélan, du lieu-dit Miguerre au nord, jusqu’au niveau de la maison du 19ème siècle appelée Carrau au sud. Miguerre se trouve 250 mètres au sud des Auquès, un peu en retrait sur le côté ouest du chemin de Miélan.
Le mot de Bourtou serait dérivé du mot gascon bordo, prononcé bourdou, et qui signifie la borde. Une borde, maison d’un bordier, peut avoir deux significations, soit celle d’un défricheur, soit celle d’un métayer. On formulera une hypothèse un peu plus loin. Le texte des confronts du livre terrier de 1729 parle de "clos des Bourtou". Il s’agissait donc peut-être de quelque chose d’important.
Le hameau des Bourtou comprenait de quatre à six maisons sur le côté nord du chemin de la Hont, et peut-être davantage le long du chemin de Miélan jusqu’à Miguerre, parmi celles qui n’ont pu être localisées. Seules les maisons Bourtoulet (le petit Bourtou) et Miguerre ont survécus et sont localisées avec certitude.
Les quelques maisons du chemin de la Hont ont été localisées grâce au nom des parcelles du livre terrier de 1729 et aux confronts. On y a situé deux, voire trois maisons au clos des Bourtou, une à Auressat, et une au moins au clos de Manaud.
Dans les années 1624-1649, il y avait trois ménages à Bourtou, Jean Carrau et son épouse Jeanne (1634), Raymond Vergès et son épouse Domengea Lazies (1633-1648), et Bernard Mauran et son épouse Jeanne Milhas (1629), soit trois patronymes différents, donc probablement trois maisons. Bernard Mauran est décédé en 1729. L’acte de décès mentionne qu’il était coutelier, probablement en affaire avec le forgeron d’Auressat. Il avait épousé une fille Milhas, mais aucun Mauran ne figure plus par la suite dans les registres.
La parcelle appelée Manaud est décrite dans le livre terrier de 1729 comme confront au clos des Bourtou. Auressat, la petite forge en gascon, se situait dans le même secteur. Il y avait deux familles Fourcade à Manaud, Arnaud époux de Catherine Milhas (1626) et Jean époux de Marie Rinet (1634-1638), soit entre une et deux maisons.
Auressat était habitée par Sanson Carrau époux de Peyronne Abadie (1628-1649).
Bernard Cougot époux de Bertrande Dossat (1639) est à Bourtoulet.
Miguerre
Miguerre formait probablement l’extrémité nord du hameau des Bourtou. Il y avait deux maisons à Castex comprenant le mot Guerre, Miguerre et Guerre ou Laguerre. L’origine du mot "guerre" n’est pas claire. S’agit-il de petites maisons ou de petites propriétés, n’ayant "guerre" de surface ? S’agit-il de propriétés d’anciens militaires ?
Au 17ème siècle il n’y avait qu’une seule maison à Miguerre. Il y en aura deux au siècle suivant. De ces deux maisons, la maison sud était sans doute la plus ancienne, et la seule bâtie avant 1650. C’est dans celle-ci que se trouvent deux cuves-silos à grains (voir l’article 13-06 à ce sujet). Elles sont de forme ovoïde, d'une profondeur de 2 mètres environ, et d'un volume estimé à 4 m3 environ. Elles sont revêtues d'un enduit d'argile très fin lissé. Dans l’hiver 2025, malgré un automne et un hiver assez pluvieux, elles étaient parfaitement sèches. Selon les historiens, ce genre de cuves-silos pourrait dater du 14ème ou du 15ème siècle. Les cuves-silos étaient alors creusées dans la pièce unique des maisons. Les greniers enterrés ont progressivement été remplacés par des greniers en étage.
La maison primitive de Miguerre n'était pas en équerre et n'avait qu'un rez-de-chaussée. Étant donné l'emplacement des cuves, la façade principale de cette maison devait être face à l'Est. Cette maison a subi de nombreux agrandissements et transformation à partir du 18ème siècle. La seconde maison de Miguerre a été démolie au 19ème siècle. Selon les propriétaires de Miguerre quelques indices laissent à penser que d’autres cuves-silos existaient sur ce lieu.
En 1638 un Jean Carambat de Miguerre a pour épouse Jeanne Cazaux, née à Miélan (1638-1648). Une fois veuf, il se remarie en 1646 avec Jeanne Noguès. Il a eu plusieurs enfants, dont peut-être un Guillaume, fils ou petit-fils de Jean, que l’on trouve à Miguerre en 1687. Le patronyme Carambat n’est pas très courant, mais il y avait plusieurs ménages Carambat à Miélan au 18ème siècle.
Il y avait donc un minimum de 8 ménages au hameau des Bourtou, soit une trentaine de personnes. Du hameau des Bourtou, il ne restera au 18ème siècle que Bourtoulet et Miguerre.
La métairie de Fau
Il parait vraisemblable que la métairie de Fau fut un héritage direct ou indirect des Bourtou. Entre 1624 et 1649 aucun bâtiment du nom de métairie de Fau n’a été identifié. Pierre Fau, son premier propriétaire probable, n’apparait dans les registres qu’à partir de 1691. En cette année 1691 Pierre Fau et son épouse Catherine Lafargue sont parrain et marraine de deux enfants chez Jean Vergès et Bernard Fréchère, puis en 1693 chez Bertrand Carrau, en 1694 chez Bernard Milhas, enfin en 1699 chez Joseph Pradère. Le registre des années 1650-1720 est en mauvais état, lacunaire, moins bien renseigné que celui qui le précède, et les lieux d’habitation des ménages auprès desquels Pierre Fau a été parrain manquent. En 1707 Catherine Lafargue décède et est inhumée au cimetière de Castex. En 1717 la métairie de Fau figure sur la carte de Castex, à l’est du hameau des Auquès. En 1729, selon le livre terrier de Castex, Pierre Fau est décédé.
Pierre Fau était notaire, notaire royal à Mirande à partir de 1693, associé à un notaire royal appelé Duffort. Le patronyme Fau est relativement courant dans les Hautes-Pyrénées, mais l'origine de Pierre Fau n'a pas été retrouvée. On ne trouve pas non plus de trace d'une descendance directe de Pierre Fau et de Catherine Lafargue, ni à Castex, ni à Miélan, ni à Mirande. La date du décès de Pierre Fau, vraisemblablement vers 1725, n'a pas été retrouvée ni le lieu de son inhumation.
Sur le livre terrier, en dehors de la parcelle sur laquelle se trouve la métairie, aucune parcelle ne porte le nom de Fau. Il est donc probable que Pierre Fau soit arrivé tardivement à Castex. On a émis l’hypothèse dans l’article 15-04, qu’une "métairie du nord" a pu avoir été constituée à la fin du 14ème siècle, rassemblant des terres abandonnées après la guerre de Cent ans, raison pour laquelle elle présenterait une surface d’un seul tenant. Les premiers bâtiments d’exploitation auraient pu être établis dans ce qui deviendra le hameau des Bourtou. Il est vraisemblable qu’à l’origine, les bâtiments d’habitation et les dépendances agricoles en relation avec cette métairie du nord furent éloignés des maisons des cagots des Auquès, car au 15ème siècle, les cagots ne pouvaient pas avoir d’activité agricole. Au 17ème sicle leur discrimination avait disparu, du moins à Castex. On fera donc l’hypothèse, qu’avant la construction du bâtiment-métairie qui a été appelé métairie de Fau, le métayer de la métairie du nord résidait dans le clos des Bourtou. Le registre paroissial ne permet pas de savoir qui en aurait été le métayer.
Pierre Fau pourrait donc avoir acquis les terres de cette métairie du nord entre 1650 et 1690, soit par héritage, peut-être par son épouse, soit par acquisition. L’hypothèse d’un héritage pourrait être confortée, d’une part par le fait que Catherine Lafargue a été enterrée à Castex, donc peut-être originaire soit de Castex, soit de Miélan, d’autre part par le fait que la propriété de Fau pourrait avoir échu, probablement par succession, à une famille de Miélan après la mort de Pierre Fau, comme on le verra plus tard.
Dès lors que Pierre Fau fit construire le bâtiment-métairie qui a porté son nom, contigüe sur le côté Est du hameau des Auquès, il est clair dans les registres qu’il y a installé son métayer. Ainsi, en dehors de Bourtoulet et de Miguerre, le hameau des Bourtou aurait été abandonné après la crise démographiques des années 1693-1698, les ménages survivants s’étant regroupés aux Auquès, de petits laboureurs ou des brassiers employés par la métairie de Fau.
Le hameau de Ginoux
On inclura dans le quartier de Ginoux le clos de Ginoux, mais également plus au nord l’ensemble Sarayré, et les deux maisons Daguet et Miquelet (cette dernière ultérieurement nommée Dutrey). Sarayré et ces deux maisons étaient situées sur le côté Est du chemin de Miélan. On y a rattaché une maison non localisée précisément, appelée Deliroy, habitée par un ménage Milhas. On va voir en effet que la famille Milhas domine de très loin ce quartier. Deux maisons de la famille Pradère étaient probablement situées sur le côté ouest du chemin de Miélan, en face du clos de Ginoux, au sud du hameau des Bourtou. Un paragraphe particulier leur est consacré plus loin.
Le clos des Ginoux
Le clos des Ginoux est appelé ainsi dans le livre terrier de 1729. Entre 1624 et 1649, il est occupé par six ménages Milhas et un ménage Jean Vergès. En 1729 le livre terrier y énumèrera huit maisons propriétés de ménages Milhas.
Les six ménages Milhas : Arnaud qui a épousé Jeanne Dossat (1626-1637), autre Arnaud qui a épousé Amadette Despaux (1626), Dominique qui a épousé en 1639 Jeanne Cieutat de Sainte-Dode (1639-1648), autre Dominique qui a épousé Marie Dossat (1629-1637), Pierre qui a épousé Bernarde Cassaigne, probablement originaire de Miélan (1626-1644), et enfin Jean qui a épousé une Domengea dont le curé n’a pas mentionné le patronyme.
Les ménages Milhas de Castex formaient probablement une famille dont la maison-famille devait se trouver dans le clos des Ginoux, sans que l’on puisse la localiser précisément. Les parrainages montrent qu’il y avait des fratries difficiles à identifier.
Le ménage Vergès : Jean Vergès qui a épousé Jeanne Cougot (1635-1637), puis en secondes noces Jeanne Desoubes (1640-1646).
Sarayré
Sarayré se situe au nord du clos des Ginoux dont il est séparé aujourd’hui par l’impasse Baleich. Il y avait deux ménages à Sarayré, celui de Bernard Despaux et celui d’Antoine Milhas, marié avec Domengea, fille de Bernard Despaux, décédée en couches en 1649 (1627-1649).
Daguet
Daguet est probablement un très ancien site. Cette maison est aujourd’hui séparée de Sarayré par l’impasse de Gignoux. On y trouve deux ménages Drouillet, le premier Sansolet Drouillet époux de Domengea Lasvignes (1627-1630), et le second Dominique Drouillet marié à Jeanne Milhas (1638-1646).
Miquelet (Aujourd’hui Dutrey)
La maison Miquelet est située sur l’impasse de Gignoux, 160 mètres au sud du chemin de Miélan. A Miquelet (prononcé A Mikéoulett, A Petit Michel en gascon) est occupé par deux ménages Milhas, celui de Jean qui a épousé une fille Cougot (1634-1646), et celui de Barthélémy, qui a épousé une fille Vergès (1635-1651).
Deliroy
La maison au sobriquet Deliroy a été ajouté au quartier de Ginoux du fait qu’elle était occupée par un ménage Milhas : Pierre Milhas, qui avait épousé Marie Despuech, originaire de Sainte-Dode (1635-1647). Cette maison a disparu au siècle suivant.
Les maisons des familles Pradère et Mothe
Plusieurs ménages Pradère habitaient à Castex entre 1624 et 1649. Le meunier du village s’appelait Jean Pradère. Les ménages de Peyrot et de Michel Pradère habitaient A Peyrot (traduit par A Petit Pierre) dans les années 1630-1650. Peyrot Pradère a épousé Catherine Mothe (prononcé Mouté) dont le père habitait Barbé (la maison du barbier ?). Deux ménages Mothe habitaient la maison Barbé entre 1628 et 1650 : Arnaud Mothe et son épouse Domengea Carambat (1628-1640), Dominique Mothe et son épouse Louise Lamarque (1634-1646). Arnaud, Dominique et Catherine Mothe étaient frères et sœurs.
En 1693 apparait Joseph Pradère qui a épousé Marie Mothe. La parenté entre la fratrie Mothe et Marie Mothe n’est pas évidente. Il n’y a aucun indice clair montrant que Jospeh Pradère, qui pourrait être né vers 1660, soit un fils de Peyrot ou de Michel. Quelques parrainages croisés entre les différents ménages Mothe et Pradère laissent néanmoins penser qu’ils étaient apparentés. Le métier de Joseph n’est mentionné nulle part. Il pouvait être un laboureur aisé pour avoir eu les moyens et la volonté d’envoyer un de ses fils faire des études, car François, son fils ainé fut "praticien", une sorte d’avocat qui, sans posséder de grands diplômes universitaires, servait de conseil aux tenanciers.
En 1729 les maisons Peyrot et Barbé ont disparu, remplacées par une vaste maison Pradère. Joseph Pradère et Marie Mothe décèdent tous les deux "A Pradère". On a fait l’hypothèse que les maisons Peyrot et Barbé se trouvaient toutes les deux sur la parcelle où la maison Pradère a été bâtie, probablement par Joseph entre 1690 et 1710.
La description du village de Castex sous Louis XIII se poursuit dans l’article suivant avec les quartiers de l’église et du Midi.