17-05 La démographie de Castex sous Louis XIII

Publié le 1 septembre 2026 à 09:49

Les articles consacrés à l’histoire de Castex au 17ème siècle inaugurent les années documentées du village. Il ne s’agit encore que de l’exploitation des registres paroissiaux, mais le siècle suivant sera beaucoup plus riche. On ne va plus quitter Castex jusqu’en 1789.

Cinq articles seront consacrés au village de Castex sous Louis XIII :

1- Disettes, famines, épidémies et la démographie du village

2- Les ménages et la population, les patronymes et les maisons-familles

3- Le village sous Louis XIII, la crise des années 1693-1698

4 et 5- Le village, ses quartiers et leurs habitants sous Louis XIII

 

Ce premier article, consacré à la démographie sous Louis XIII, sera présentée d’une manière identique pour sept autres périodes de durées semblables, jusqu’en 1914. Ce mode de présentation est détaillé dans l’annexe 10.  

La démographie a longtemps été liée aux événements météorologiques, gels profonds, pluies abondantes, sécheresses, et aux épidémies, certaines favorisées par ces aléas climatiques. Le 17ème siècle n’y a pas fait exception.

Climat et épidémies au 17ème siècle

Certains aléas météorologiques concernaient l’ensemble du royaume de France, mais pas tous. Et trouver des chroniques sur ces aléas concernant la Gascogne reste difficile. Il existe quelques informations parcellaires pour les villes principales, mais très exceptionnellement pour les campagnes.

L’article 14-01 avait abordé les aléas et les petites évolutions climatiques du Moyen-âge. On avait commenté ce que les historiens ont appelé l’Optimum Climatique du Moyen-âge. A partir du 16ème siècle, on entre dans le Petit Âge Glaciaire, qui lui a succédé. Le Petit Âge Glaciaire durera jusque vers 1850, du moins en France. C'est une époque où les glaciers des Alpes ont avancé, engloutissant des villages. Il y eu des hivers particulièrement rudes et longs, où la Garonne gelait, où le gel faisait éclater le cerclage des barriques de vin, où les vignes périssaient, où le tronc des arbres éclatait. Certains hivers on a traversé la Garonne à pied, on pouvait faire traverser des charrettes attelées à des chevaux. Pendant ces hivers particulièrement rudes, dans les campagnes, toute la famille va dormir dans l'étable avec les vaches. On économise autant que faire se peut le bois de chauffe que tout le monde se dispute. Les historiens citent les hivers suivants comme particulièrement rudes : 1568-1569, 1592-1593, 1603, 1623-1624, 1670, 1697-1698.

Il y eu des années excessivement pluvieuses, emportant les semis au printemps, gâtant le blé avant la récolte, rendant difficile le dépiquage : 1598-1599, 1628-1629, 1631, 1660-1661. Il y eu des années de trop longue sécheresse conduisant à des rendements insuffisants même pour assurer les semailles de la saison suivante : 1645-1646, 1649-1653, 1662.

Dans les campagnes, ces aléas météorologiques provoquaient des disettes, voire des famines. Chaque disette, ou chaque famine était accompagnée d'une recrudescence des maladies hivernales, en particulier de grippes, mais également de dysenteries car on mangeait de la nourriture infâme, voire avariée. La malnutrition faisait croitre la mortalité infantile et baisser la natalité. Certains villages ont été décimés.

Dans les années de disette, le prix du grain augmentait fortement en ville. Les paysans qui n'avaient plus rien dans les greniers, qui n'avaient pas de quoi acheter ni farine, ni pain, qui n'avaient plus de quoi payer la taille ou les redevances féodales, vendaient des parcelles, puis, à bout de ressources, abandonnaient leur maison pour aller mendier. Car à rester chez lui, le chef de famille risquait la prison s'il ne pouvait pas payer la taille. Dans ces années les consuls plaidaient un allègement ou une suppression de la taille auprès de l’intendant de Montauban, puis d’Auch, auprès du comte d'Astarac, pour qu'ils s'en ouvrent au Roi. Cette "faveur" était le plus souvent accordée, mais pour l'année suivante. La taille décidée devait être payée.

Toutes les régions, toutes les communautés n'ont pas été affectées de la même façon, ni en même temps. Encore une fois la situation des villes est relativement bien documentée, alors que l'on ne sait rien de précis dans les campagnes.

La dernière grande famine en France, et plus particulièrement en Gascogne, fut celle de 1693-1694, une famine où l’on mourrait de faim en France, sous le règne du roi Soleil. L'automne 1693 avait été particulièrement pluvieux, puis l'hiver fut glacial avec du gel d'octobre à mars. La famine fut aggravée par les réquisitions de nourriture pour l'armée de Louis XIV, qui comptait 200 000 hommes cette année-là. Les historiens estiment que 1,5 million de personne sont mortes pendant ces deux années 1693-1694 pour une population française de 22 millions d’habitants. C’est autant que pendant la guerre de 1914-1918, mais en 1914 la population française était deux fois plus nombreuse. Cette famine a été suivie, trois ans après, d’un hiver très rigoureux. On en évoquera les détails et les conséquences à Castex dans le troisième article consacré à cette période.

On avait donné des noms à certaines maladies, comme la petite vérole, mais les épidémies de nombreuses maladies contagieuses inconnues étaient qualifiées de peste. La vraie peste, la peste bubonique, est revenue épisodiquement en Gascogne autant au 16ème qu’au 17ème siècle, mais sans être généralisée. On la signale à Condom en 1522, en 1562, puis en 1607, à Agen en 1628. Il est peu probable qu’elle soit parvenue à Castex, trop loin des voies de circulation. Au 17ème siècle on commence à prendre quelques mesures de salubrité, sinon d'hygiène. On brûle les vêtements des malades que l'on rassemble à l'aide d'une perche et d'un crochet pour ne pas les toucher. On demande de brûler du romarin dans les maisons touchées par la peste, de blanchir les murs à la chaux, de laisser les maisons vacantes pendant au moins dix jours si quelqu'un y a été malade. On fait infuser dans du vinaigre des plantes médicinales (romarin, absinthe) que l'on fait bouillir puis que l'on vaporise dans la maison ou que l'on boit. Mais il n'y a aucun remède, ni préventif, ni curatif.

Tant au cours des périodes de famines que d’épidémies les registres paroissiaux n'enregistrent pas toujours tous les décès. Les curés sont débordés ou malades, et des décès ne sont pas toujours déclarés par crainte de se voir exclu du village. Ce fut le cas à Castex dans les années 1695-1699 où les registres paroissiaux sont très lacunaires.

Démographie de Castex sous Louis XIII

Les années 1624 à 1649

Au titre de la première période de la présentation de la démographie de Castex, on a retenu les 25 années 1624 à 1649, car les registres paroissiaux y semblent à peu près exhaustifs et fiables.

Les gouvernants sont alors les suivants :

A Versailles : Les années 1624 à 1649 couvrent les années du gouvernement de Richelieu, puis de Mazarin jusqu’à la conclusion de la Fronde des Parlements. Louis XIV règne depuis 1643 sous la régence d’Anne d’Autriche. On a décrit certains aspects de cette période dans les articles 17-01 (De Pau à Montpellier, Louis XIII en croisade) et 17-02 (La disparition de l’héritage féodal) ;

A Masseube : Le comte d’Astarac est Jean-Louis de Nogaret, duc d’Epernon, duc de Candale, marquis de La Valette, captal de Buch, seigneur de Caumont. Son fils Bernard de Nogaret lui succède à partir de 1642. On a vu à l’article 17-03 que depuis 1622, du point de vue fiscal, l’Astarac est un pays d’Election ;

A Castex : Le seigneur de Castex est François Ier de Béon de la Palu, fils de Jean Antoine de Béon, évoqué dans l’article 15-03. Il cède à sa mère en 1654 la jouissance des seigneuries de Castets, Maumus et Ortigos en échange des droits que sa mère avait sur la seigneurie de La Palu selon les termes du testament de son mari. La descendance des seigneurs, puis comtes de Béon de La Palu sera proposée dans un prochain article.

A Miélan : Le suzerain du seigneur de Béon pour Castex est Roger-Hector de Pardaillan de Gondrin, titré par Louis XIII en 1615, marquis d’Antin et de Montespan. Depuis 1646, le marquis d’Antin est seul coseigneur de Miélan en paréage avec Louis XIII, ce qui provoqua un conflit entre François de Béon et le marquis, comme on le verra plus tard. La descendance des barons d’Antin depuis Pierre d’Antin au 15ème siècle sera présentée dans le dernier article consacré au 17ème siècle. La généalogie des barons d’Antin jusqu’à Pierre d’Antin se trouve dans l’annexe 1.

Les registres paroissiaux de Castex du 17ème siècle

Les registres paroissiaux de Castex des années 1624 à 1649 semblent à peu près exhaustifs. Ils comptent 578 actes et permettent d'esquisser certains aspects de la vie au village. Pour les 70 années suivantes, de 1650 à 1720, seules les huit années 1687-1694 sont exploitables. L’écriture y est particulièrement dense, difficile à déchiffrer. Les dernières années du siècle sont manquantes ou incomplètes, ainsi que les premières années du 18ème siècle.

Il ne semble pas que des feuillets correspondant aux années manquantes aient été arrachés. Il est possible qu'un registre ait été perdu. Il est également possible que Castex n'ait pas eu de curé pendant une partie de la seconde moitié du 17ème siècle. La paroisse de Castex avait un desservant au moins jusqu’en 1694. Quatre ans plus tard, en 1698, elle apparait comme annexe de la paroisse de Fontrailles, et Castex n’a plus qu’un vicaire. Les actes sont alors tantôt signés par le curé de Fontrailles, tantôt par son vicaire à Castex. Le vicaire semble changer assez fréquemment et a pu manquer certaines années. Cette situation durera jusqu’en 1750.

Les données démographiques du village sont issues du registre paroissial de Castex pour les années 1624 à 1649. Elles sont présentées selon le descriptif présenté dans l’annexe 10. Le premier graphique montre les courbes des nombres annuels de mariages, baptêmes et sépultures.

On voit que le nombre de baptêmes et celui des décès suivent à peu près la même tendance à la hausse. Entre le début et le milieu du 17ème siècle, le nombre annuel de naissances a doublé en moyenne, passant de 9 à 18 par an, et le nombre moyen de décès a triplé passant de 4 à 12-13 par an. La courbe des décès montre deux pics, le premier en 1636 et le second de 1646 à 1648. On en donnera les raisons plus loin. Les décès des années 1624 et 1634 manquent. Les mariages ne sont enregistrés qu’à partir de l’année 1638.

  • Mariages

Les actes de mariage ne précisent pas les noms et prénoms des parents des époux. Il est donc à peu près impossible de retrouver les filiations, d’autant que certains patronymes sont très répandus. Lorsque l’époux ou l’épouse n’est pas originaire de Castex, le nom du village d’origine est toujours mentionné.

En général le mariage se tient dans la paroisse de l’époux, mais il y a des exceptions. L’épouse vient alors habiter chez ses beaux-parents. Dans le folklore gascon, jusqu’au 19ème siècle, l’épouse rejoint son époux chez ses beaux-parents accompagnée d’un char qui transporte son armoire et son trousseau. La confection de leur trousseau par les jeunes filles des campagnes est probable au 17ème siècle, mais pas assurée. Beaucoup de jeunes femmes deviennent un peu la bonne à tout faire de leur belle-mère.

Sur 40 mariages entre 1638 et 1649, la moitié des épouses sont originaires de villages voisins. On constate donc un certain brassage des populations, mais on ne connait pas le nombre de mariages de jeunes gens nés à Castex qui se sont mariés dans d’autres villages :

      - Deux époux sont originaires de villages voisins, l’un est né à Sadeillan, l’autre à Bazugues ;

      - Vingt épouses sont nées ailleurs : 4 sont nées à Sainte Dode, 3 à Bernadets Debat, 2 à Manas, 2 à Lazies, 2 à Maumus, et 2 à Forcets, 1 à Estampes, 1 à Estampures, 1 à Sadeillan, 1 à Mirande, et 1 à Miélan.

On verra dans l’article suivant que la population de Castex du 17ème siècle parait particulièrement élevée dans la période. Tous les historiens mentionnent en effet qu’à cette époque la France était un pays "plein". Les 15èmes et 16èmes siècles avaient été météorologiquement calmes, malgré des disettes et épidémies sporadiques, malgré les épisodes de guerres de religion.  La population française était passée en deux siècle de 16 à 22 millions d’habitants. Il n’y avait plus de terres à défricher. S’établir hors du village de naissance pour un jeune homme devait donc être difficile. Des cadets se seraient donc domiciliés sur le patus de leurs parents, faisant croitre la population des villages. Certains d’entre eux se sont probablement établis comme artisans, faute de terres disponibles. Seuls trois artisans sont mentionnés pour cette période à Castex, un forgeron, un tisserand et un coutelier. Il y en avait probablement davantage.                                                                                                                                                                              

Les registres de Castex ne renseignent pas l’âge des époux au mariage, mais dans une période de quasi surpopulation, les hommes avaient tendance à se marier tard pour limiter le besoin de nourritures tant que leurs parents étaient en vie. Si les registres de cette période sont muets sur l’âge des époux au mariage, ils mentionnent en général l’âge des défunts. La durée de vie moyenne des personnes qui ont dépassé l’âge de 10 ans ressort à 52 ans pour les hommes et 53 ans pour les femmes. L’âge moyen du mariage devait donc se situer vers 30 ans pour les hommes, peut-être 20 à 25 ans pour les jeunes filles.

  • Baptêmes

Le premier baptême enregistré dans les registres paroissiaux de Castex est celui de Pierre Latrilhe le 28 janvier 1624, fils de "Maitre Jean Latrilhe" et d'Huguette Cieutat. Le parrain est Pierre Cougot, forgeron à Castex, et la marraine Huguette Esparros, sa femme. Le curé de l'église Saint-Laurent de Castex est Antoine Fauquier. Impossible d'en savoir davantage sur Maitre Jean Latrilhe. Il était probablement maitre artisan, mais son métier n'est pas précisé. Il aura un second fils Jean, né en 1626, qui décède à l'âge de 10 ans. Pierre, le fils ainé, se marie à Castex le 30 juin 1648 avec Bernarde Sénac du village de Dours. Puis les Latrilhe disparaissent de Castex.  

Dans les familles il y a une naissance tous les deux ans environ, car l’allaitement se prolonge longtemps. Les familles ont de 3, jusqu'à 6 ou 7 enfants, mais plusieurs d’entre eux meurent avant l'âge de 10 ans. La mortalité infantile est assez élevée comme on le verra plus loin, et de toute façon on ne fait pas appel au médecin, dont le plus proche se trouverait à Mirande.  

Le prénom de l'enfant baptisé est systématiquement celui du parrain pour un garçon et celui de la marraine pour une fille. Les actes de baptêmes d'avant la Révolution citent toujours les noms des parrains et marraines, qui sont le plus souvent mari et femme. Certains parents donnent à l'enfant un second prénom qui devient parfois le prénom d'usage à l’âge adulte. A partir de la Révolution, les actes de naissance n'enregistrent plus que le nom des témoins. On ne peut donc plus relier le prénom des baptisés avec celui du parrain ou de la marraine.

La fréquence des prénoms de garçons sur 129 baptêmes :

Jean (42), Pierre ou Pey ou Peyrot (27), Dominique ou Domenge ou Menget (14), Bernard (13), Arnaud (10), Bertrand (9)

La fréquence des prénoms de filles sur 132 baptêmes :

Marie (38), Jeanne (33), Dominique ou Domengea (24), Catherine (19), Bertrande (8)

Les prénoms Bernard, Arnaud ou Bertrand, pour les garçons, Bertrande pour les filles, ont pour origine les prénoms de fils des familles des barons d’Antin, ou ceux d’autres seigneurs locaux.

Cas particuliers

Au cours de ces 25 années, il y a quelques baptêmes un peu particuliers :

  • Le 20 février 1633 baptême de Jacques de Roux, fils de Maitre Jean de Roux, chantre, et de Paule Morlan, "habitants à Castex" (?). Le parrain est Jacques Morlan et la marraine Jeanne Escudé du village de Belloc. Ce ménage n'est signalé que pour cette naissance.
  • En septembre 1643 on a vu dans l’article 17-04 que des paysans d'Estampes, en révolte contre le niveau de la taille, avaient tué treize agents du fisc et leur escorte de valets d'armes. Un des présumés coupables, Arnaud Milhas et sa femme Domengea, vinrent "se réfugier" à Castex, comme le mentionne le curé. La femme y accoucha en février 1644. Le baptême eu lieu le 1er Les parrain et marraine étaient de Castelfranc. Peut-être ce ménage n'était-il pas le seul "réfugié" à Castex, mais c'est le seul dont les registres paroissiaux ont gardé la trace.
  • En 1647 le curé baptise un nouveau-né de "la prostituée de Castex" (écrit ainsi par le curé sur le registre), né de père inconnu. Pour avoir écrit cela dans les registres, on peut conjecturer que les paroissiens se sont fait chapitrer par le curé à l’office du dimanche. Mais a-t-il culpabilisé les hommes ou les femmes ? Ou les deux ? Au cours de cette période on ne relève aucun autre enregistrement de baptême d'enfant né de père inconnu. On en relèvera davantage un siècle plus tard, entre 1750 et 1789.
  • Le 18 avril 1698 Anne Marguerite de Béon de La Palu est venue accoucher à Castex avec son mari François de Barry de Bière. Ils restent au "château", autrement dans la métairie du comte de Béon, au moins durant les mois de mars et d'avril 1698, et seront parrain et marraine de François Pradère, fils d'un des deux bourgeois de Castex. La raison pour laquelle ils sont venus à Castex pour l'accouchement reste inconnue. Peut-être que le mariage avait été précipité et qu'il fallut cacher une naissance, disons, "hâtive". Anne Marguerite de Béon de La Palu était une fille de François II de Béon de La Palu d'Armentieu, seigneur de Castex, et de Françoise de Moura, fille du seigneur de Mazerolles. Les seigneurs de Barry de Bière étaient une famille d’une branche cadette des Béon de La Palu, titulaires d’une seigneurie sur la baronnie de Montesquiou. On imagine la curiosité des habitants de Castex devant cet événement à l’église !

Gilis de Béon de Bière, fils à noble François seigneur de Bière et autres places et dame Anne Marguerite de Béon de Belloc de la Palu mariés naquit le dix-huitième avril et tenu au baptême dans l’église de Castex par noble Gilis de Béon de Bière et dame Anne de Nauté, mariés du dit-lieu, le vingt septième du susdit an et il y a qui ont signé avec moy

Le curé, très respectueux, lorsqu’il nomme des personnes de la noblesse écrit "noble untel ou untelle", pour les bourgeois il écrit "monsieur ou sieur untel, ou dame unetelle". Les laboureurs et artisans sont simplement nommés "untel ou unetelle".

  • Sépultures

Le nom des parents du défunt n'est indiqué que pour les décès d'enfants, et pas systématiquement. En dehors des enfants, il est donc difficile ou impossible de retrouver de quel ménage est le défunt, d’autant que noms et prénoms sont peu différentiés.

Les actes mentionnent généralement l’âge des défunts, parfois approximativement ("accablé de vieillesse"). On a donc pu visualiser les décès selon quatre tranches d’âges : nourrissons et enfants jusqu’à 10 ans, jeunes de 11 à 20 ans, adultes de 21 à 60 ans, et seniors au-delà de 60 ans. On examinera successivement la mortalité infantile, puis la mortalité des jeunes et des adultes.

Mortalité infantile

On compte sur cette période de 25 ans, 94 décès d'enfants de 10 ans et moins, soit près de 30% du nombre de naissances.

Le graphique visualise deux pics, correspondant à deux épidémies. Celle de 1636, qui a commencé en octobre 1635, est clairement une épidémie de diphtérie, selon les symptômes décrits par le curé dans le registre. Dans d’autres actes, de 1635 et de 1636 le curé parle de petite vérole qui était aussi un nom donné à la diphtérie dans les campagnes. Elle a tué tous les enfants nés cette année-là et trois nés l'année précédente.

 

 

Texte de l'acte ci-contre :

L’an mil six cens trente cinq et le treizième octobre Jean Carrau de la famille des Seindin petit enfant est décédé d’une maladie qu’on appelle la Vessie (?), autrement pour mieux dire une esquinancie près du gosier. Cette maladie est en plusieurs lieux pour la percer aux petits enfants est difficile et lorsqu’ils l’on percée ils surrent l’apostume et cela les suffoque étant comme vomi et ce mal est communicable à plusieurs, voire aux grands qui en sont soulagés par les saignées et ventouses, et l’enfant est enseveli au cimetière de l’église Saint Laurens par moy curé en foy de quoi Fauquier curé

La seconde épidémie a duré deux ans en 1647 et 1648, mais sa nature n’est pas explicitée. Elle a tué 60% des enfants nés au cours de ces deux années, ainsi qu’un nombre important de jeunes et d’adultes. Si l’on se réfère aux chroniques locales, il est possible que les années 1645-1646-1647 aient été des années de fortes sécheresses qui ont conduit à des disettes importantes. Hors épidémies, la mortalité infantile reste élevée à 16%.

Mortalité des jeunes et des adultes

Si maintenant on observe la courbe des décès de personnes de plus de 10 ans, on constate un pic dans les années 1637-1638 et un second en 1645-1646. Le premier pic pourrait être lié à une maladie contagieuse, le second à la disette dont on a déjà parlé.

Le graphique des décès par tranches d’âges en pourcentages et hors enfants de moins de 10 ans montre la grande proportion de décès de personnes d’âges mûrs, entre 20 et 60 ans. La moyenne d’âge au décès est en effet de 52 ans pour les hommes et de 53 ans pour les femmes. SI on se réfère à la courbe des décès des jeunes et adultes, il semblerait que ce soient les jeunes de 10 à 20 ans qui succombent en plus grand nombre au cours ou à la suite des phases de disette ou de maladies.

Si on observe la saisonnalité des décès, les personnes de plus de 60 ans décèdent principalement entre octobre et février. Les décès de la tranche d’âge 20 – 60 ans sont répartis toute l’année. Les enfants de 10 à 20 ans décèdent surtout de janvier à mars, puis en juin et juillet. Il y a bien sûr des accidents, mais aussi sans doute des problèmes liés à la nourriture ou à l’eau.  

Cas particuliers

Deux décès un peu particuliers sont à relever :

  • Le 3 mars 1642, Jean Lasere, compagnon tisserand du village de Forgues dans le comté de Bigorre, logeant chez Pierre Colomès, tisserand à Castex, "a été meurtri" et est mort d’une "arquebusade". Le corps fut "visité" par monsieur Saintes, maitre chirurgien, qui ordonna l’ensevelissement à Castex en l’absence du Lieutenant et du substitut du procureur du roi en la ville de Trie. Le nom de l’auteur du tir n’est pas mentionné. On ne sait pas s’il s’agit d’un meurtre ou d’un accident, toujours est-il que la mise en œuvre d’une arquebuse n’était pas instantanée.
  • Le 8 juin de la même année 1642, Dominique Cougot habitant de la maison Berroy se tua par accident avec la pointe d’une fourche en la maison du dessus de Jamnets.

Démographie des années 1687-1694

On a vu plus haut que les années 1693 à 1698 avaient été des années de crise météorologique. Le registre paroissial en a enregistré les conséquences jusqu’en 1694. Le registre semble assez exhaustif pour les huit années 1687 à 1694 (l’année 1687 est peut-être incomplète). Les 27 années suivantes sont très parcellaires ou manquantes.

Ainsi, on retrouve de 1687, ou 1688, à 1691 à peu près les chiffres de baptêmes, mariages et décès du début du 17ème siècle, puis le nombre des décès triple en l’espace de 3 ans. Et simultanément le nombre de mariages s’effondre, celui des naissances baisse significativement. Ces divergences sont clairement la manifestation de la famine de 1693-1694, qui a été suivie en 1696-1697 d’un aléa météorologique, peut-être d’un hiver très rigoureux.

On en verra les conséquences au village dans un prochain article. Aucun document ne permet de savoir précisément ce qui s’est passé à Castex entre 1693 et 1698, mais le cahier des délibérations de la Perche de Mirande pour 1697 en donnera un aperçu.

Ainsi sur la période 1624 – 1698, on a pu visualiser les conséquences de deux épidémies et de l’amorce de la famine de la fin du siècle sur la population de Castex. L’article suivant propose une estimation de la population de Castex sur les 25 années 1624 à 1649, et une hypothèse sur l’organisation sociale des ménages et familles.