Toujours au 17ème siècle, après la vision de la démographie de Castex, on propose dans cet article deux approches :
- Un modèle probable d’organisation des ménages et familles
- Une estimation de la population du village sous Louis XIII, à partir des ménages identifiés sur le registre paroissial.
Pour la définition donnée aux mots ménages et familles, se référer à l’annexe 10.
Les patronymes
Leur origine
La tradition latine, devenue par la suite gallo-romaine, de donner aux personnes un prénom, suivi d’un nom et d’un surnom, s’était peu à peu perdue après l’occupation des Wisigoths (pour les Wisigoths, voir l’article 03-02). Chacun n’avait plus qu’un prénom, devenu progressivement, à partir du 8ème siècle environ, celui d’un saint chrétien, et parfois un surnom. En Gascogne on a longtemps suivi la tradition ibérique du prénom suivi du prénom du père pour distinguer les personnes. Les prénoms d’origine ibérique Sanche, Loup, Garcia, sont attestés dans la noblesse (voir l’article 06-01). Sancho, le fils de Lupo, était appelé Sancho-Lupo, traduit par Sanche-Loup. Pour ce qui concerne les roturiers, faute d’enregistrement des naissances, mariages et décès, il n’y a bien sûr aucune trace des patronymes anciens, mais il parait probable que l’on eût adopté le même principe que celui de la noblesse.
Dans les campagnes, à partir du 10ème siècle, alors que la population avait augmenté et que les prénoms et surnoms ne suffisaient plus à distinguer les personnes, les noms "de familles", ou patronymes, sont apparus. Ils étaient alors basés sur des noms de lieux, de plantes ou d’arbres, sur un métier, sur un trait moral ou physique attribué au père, "chef de ménage", et transmis à ses enfants. Depuis le 12ème siècle environ, tous les habitants de Gascogne ont des noms patronymiques qui se transmettent de génération en génération. Le surnom, fréquemment le sobriquet de la maison d’habitation du ménage, est couramment utilisé dans le cercle du village.
Parmi les noms anciens de Castex on trouve : Tujague, pour touyac, (faucheur de touya, les ajoncs et fougères poussant sur les landes et utilisés comme litière pour les bovins), Despiaux, ou Despiaulx, puis Despaux pour des-piau (de l'aubépine), Bergès, puis Vergès pour berjè (le verger, c’est-à-dire la vigne ou le vigneron), Carrau (prononcé Caraou) pour le charretier, Courtade pour la ferme agricole, Larré pour darré (de l'ouest), Cougot pour cagot (voir l’article 15-04), Vernichan, puis Bernichan, pour du-vern (de l'aulne, ou de l’aulnaie), Dufréchou pour du-frèche (du frêne), Hourcade, puis Fourcade dérivé de Hourc (le bois ou le bosquet), Bragayrat, issu de la bragayre (le chevalet à broyer les tiges de lin), Milhas (prononcé comme millet) pour le millet, Dutrey pour une maison au croisement de chemins ou pour un voiturier, Dazet pour de-l’étable. On retrouve ces mêmes patronymes dans toutes les communes autour de Castex.
Les patronymes à Castex dans le registre paroissial du 17ème siècle
On dénombre à Castex 27 patronymes pour une centaine de ménages sur le registre paroissial des années 1624 à 1649. Certains sont relativement fréquents, d’autres réduits à un seul ou à un très petit nombre de ménages. On présentera dans le détail les liens entre patronymes et maisons dans les articles suivants.
Les six patronymes dominants au 17ème siècle, sont par ordre de fréquence décroissante : Cougot, Carrau, Milhas, Vergès, Dossat et Mailhes. Le patronyme Despaux, bien qu’anecdotique sur la période, a été ajouté car il sera beaucoup plus répandu dans les périodes suivantes.
Pour estimer le nombre de ménages de même patronyme, on a dénombré pour chacun d’eux, les ménages avec enfants, les baptêmes et les décès. Plus tard, au 19ème siècle, on comptera les ménages recensés.
Ce graphique montre que le classement est sensiblement le même pour les trois décomptes. Les six patronymes représentent 57% des décès, 71% des baptêmes et 65% des ménages sur la période 1624-1649. Les rapports entre ces six patronymes selon les trois décomptes sont sensiblement les mêmes, mais on verra sur le graphique suivant que certaines familles sont plus dynamiques que d’autres. La famille Cougot est largement dominante, autour de 23%, soit près du quart des ménages de Castex, suivie des Carrau vers 15%. Les familles Milhas et Vergès sont à peu près aussi répandues l’une que l’autre vers 10%. La famille Dossat est comptée pour 5% et la famille Mailhes pour 2%.
Le graphique suivant représente une forme de dynamique des mêmes patronymes au second quart du 17ème siècle, soit leurs nombres relatifs de décès et de baptêmes sur l’ensemble des décès et baptêmes du village. Ainsi le patronyme Cougot parait stable, avec environ 23% de décès et de baptêmes, alors que les patronymes Carrau, Milhas et Vergès seraient en croissance. Dossat reste sensiblement au niveau de 5%, et Mailhes décroit. Les données du patronyme Despaux ne sont pas significatives. On verra ultérieurement comment les choses ont évolué au début du 18ème siècle.
On a cherché ensuite comment les familles dominantes parvenaient à "placer" leurs filles dans les mariages du village, "placer", car le mariage était une chose sérieuse qu’on ne laissait sans doute pas toujours au hasard des affinités. Aucun mariage, du moins de tenancier, ne se concluait sans un contrat précisant les apports de chacun des époux.
Pour cela, on a recensé, non seulement les épouses des couples qui se sont mariés sur la période, mais également les épouses de tous les ménages identifiés sur le registre des années 1624-1649. Parmi les épouses nées à Castex, on compte ainsi 10 épouses Cougot, 1 seule épouse Carrau, 8 épouses Milhas, 6 épouses Vergès, 7 épouses Dossat, 2 épouses Mailhes.
On constate ainsi que, pour les laboureurs de Castex, il paraissait plus "avantageux" d’épouser une fille Cougot, Milhas ou Dossat, qu’une fille Carrau ou Mailhes.
Plus généralement, si le nombre de patronymes était aussi peu diversifié, on peut supposer que les habitants de Castex du 17ème siècle étaient tous cousins, plus ou moins proches. Il n’est pas impossible qu’il y eût une certaine dose de consanguinité. Dans les faits, le dernier grand renouvellement démographique des ménages et familles datait du 15ème siècle, après la fin de la guerre de Cent ans et lors de l’apport de main d’œuvre pour la reconstruction de Miélan (voir l’article 15-04). Les perturbations démographiques des deux cent années suivantes ont été d’intensité relativement faible, ce qui n’a pas conduit à un nouveau brassage de population. Par contre, on verra dans les premiers articles consacrés au 18ème siècle, qu’il y eut un fort renouvellement de population après la crise démographique des années 1693-1698.
Des maisons-familles
Maisons et familles sur les registres paroissiaux
La manière selon laquelle le curé du 17ème siècle renseigne les actes de baptêmes, mariages, et sépultures laisse entendre que l’organisation familiale à Castex pouvait être du type appelé famille-souche ou maison-famille. En effet, il écrit systématiquement pour nommer une personne, "untel, de la famille de tel nom". Et ce nom est celui de sa maison. La notion de famille signifie alors l’ensemble des ménages et personnes qui résident dans une même maison ou dans un groupe de maisons de même nom. Au siècle suivant il écrira seulement "untel, de tel lieu".
Ainsi, selon l'acte de baptême ci-contre, Dominique Milhas sera distingué d’un autre Dominique Milhas par son surnom, Dominique Milhas-Ginous.
L’an mil six quarante deux et le vingt septier de février par moy curé a été baptisé un enfant de Dominique Milhas et Jeanne Cieutat de la famille des Ginous auquel a été imposé le nom de Simon. Ses parrain et marraine Simon Cieutat et Domengea Despaulx père grand et mère grande du baptisé. En foy de quoy. Fauquiers Curé.
Le fonctionnement des maisons-familles
Ce paragraphe fait appel à un article d’Antoinette Chamoux publié en 1987 dans les Annales de démographie historique intitulé "Le fonctionnement de la famille-souche dans les Baronnies des Pyrénées"
L’organisation familiale de type famille-souche ou maison-famille était spécifique des vallées pyrénéennes françaises et espagnoles, et du piémont pyrénéen.
Ce type d’organisation comportait trois caractéristiques principales :
- La perception de la maison, de la propriété, comme une personne morale,
- Le rôle particulier du chef de la maison-famille,
- Le mode de transmission de la maison-famille et de la propriété attachée.
Dans ce système, l'unité de base, économique et sociale, c'est la maison dont les habitants portent le surnom. Cette maison, avec ses terres et les droits de ses habitants dans la communauté, est quasiment une personne morale. Elle est le centre et la référence familiale. On ne s'en défait jamais. De génération en génération, elle est l'héritage d'un héritier unique. Elle est invendable et indivisible entre les héritiers. La maison est aussi un marqueur important de l’aisance de la famille : son extension, ses annexes et dépendances dans le clos familial, la hauteur de sa toiture, celle de sa grange, en sont des signes dans la communauté du village.
Le chef de maison est quasiment un chef de clan tout puissant. Il désigne son successeur qui héritera de la maison et des terres. Celui-ci hérite, en général à son mariage, de la maison, mais également de la propriété, du cheptel, de l'outillage, du mobilier, des droits du propriétaire dans la communauté. Ses parents sont usufruitiers de la propriété et hébergent son ménage. Le père de l’héritier reste chef de clan sa vie durant. Jusqu’au décès de son père, l’héritier lui doit obéissance. C’est un puissant levier conservateur, car si l’héritier a des idées nouvelles, il ne peut les mettre en pratique qu’après le décès de son père, à un âge où le courage peut manquer.
L'héritier est le plus souvent le fils ainé, mais à défaut de fils, ou si le fils ainé n'est pas jugé digne, c'est un cadet ou une fille. Le ménage de l'héritier unique et celui de ses parents cohabitent jusqu’au décès du dernier de ses parents. La cohabitation héritiers-parents est en général d’une durée moyenne de 10 à 15 années, car les garçons se marient alors entre 30 et 40 ans. Elle serait plus longue pour les filles qui se marient vers 25 ans. La femme de l'héritier ou le mari de l'héritière prennent à leur mariage le surnom de la maison de leur conjoint. Mais dans le cas d’une héritière, son mari n'a aucun droit sur la propriété. Ce sera un de leur enfant qui en héritera. Avant le code civil de Napoléon, les femmes avaient les mêmes droits que les hommes dans la communauté (voir l’article 13-07)
Le fils héritier, ou la fille héritière, ne peuvent pas se marier avec un, ou une héritière. Si tel était le cas, l'un des deux doit transmettre sa position d'héritier à un frère ou à une sœur. Par contre, pour un cadet, se marier avec une héritière est toujours une grande chance.
Tous les contrats de mariage du 17ème siècle ont disparu, mais on verra dans l’un d’eux au 18ème siècle, comment ce type d’organisation s’y traduisait, même si le mode d’organisation de type maison-famille s’est peu à peu dissous au siècle des Lumières.
Les cadets hériteront tout au plus de leur "légitime", d’une parcelle, parfois en indivision, et les filles d’une dot, parfois d’une parcelle à titre de dot. Lorsqu’une parcelle est en indivision entre frères ou sœurs, le partage sera effectué la plupart du temps à la génération suivante, éventuellement avec une réintégration dans la propriété familiale, compensée par une somme d’argent.
Le chef de maison, puis son héritier, ont des devoirs vis-à-vis de la maison familiale. C'est à eux de l'entretenir. Ils ont également des devoirs vis-à-vis de leurs frères et sœurs, de leurs cousins et cousines, de leurs oncles et tantes, de leurs neveux et nièces. Ils sont tenus d’accueillir dans la maison familiale leurs proches parents malades, veufs ou veuves, leurs conjoints et leurs enfants dans le besoin. La maison, ou le groupe de maisons de même nom, est donc le lieu de la solidarité familiale.
Les frères et sœurs de l'héritier peuvent cohabiter avec lui tant qu’ils sont célibataires. C’est l’héritier qui doit doter ses sœurs si elles se marient après la mort de leurs parents. Une fois mariés ses frères cadets doivent quitter la maison familiale. Tant qu’ils y restent ils sont au service du chef de famille.
Après chacune des crises démographiques, les cadets n'avaient pas trop de difficultés à fonder une famille au village ou dans un village voisin. Il y avait alors des terres libres et des maisons vides. Par contre en période de forte population, si la pression pour quitter le village restait forte, il était devenu difficile de trouver une terre pour s’établir. Les places de métayers étaient rares et très demandées. Le nombre de brassiers et de journaliers dépassait les capacités d’emploi des propriétaires. Les cadets n’avaient alors d’autre choix que de s’installer sur le clos, ou sur le patus familial, d’y bâtir une maison, de prendre un métier d’artisan ou de rester journalier ou domestique, mais alors ils resteront toujours à la disposition du chef de la maison-famille. On rappelle (article 17-05) que les filles quittaient la maison familiale à leur mariage.
Dans le groupe familial, chacun a son chez soi, mais les gros travaux sont le plus souvent exécutés en communauté et partagés. L’un laboure pour tous, l’autre taille les vignes. On bat le grain ensemble, on vendange ensemble, et on ripaille ensemble à la fin des gros travaux. On verra sur le livre terrier de 1729 que beaucoup de parcelles du groupe familial sont jointives, souvent de surface réduite, certaines en indivision dans la fratrie, ce qui concoure à la mise en commun des travaux.
Cette manière de faire, cette manière de transmettre, pourraient être un lointain héritage de l’organisation des casals et casalères des débuts de la féodalité (article 10-01), d’autant que sur le livre terrier de 1729 certaines maisons sont encore qualifiées de maisons casalères. Ce système aurait donc survécu à la guerre de Cent ans et à l’épidémie de peste de 1349. Il se perdra progressivement au 18ème siècle et disparaitra formellement pendant les années révolutionnaires pour se transformer en le modèle de la famille-nucléaire.
Des maisons-familles à Castex
La concrétisation de cette organisation de maisons-familles à Castex est visible dans deux types de documents : les registres paroissiaux du 17ème siècle et le livre terrier de 1729. On verra plus tard ce qu’il en est du livre terrier. Pour ce qui est de la période qui nous intéresse dans cet article, on a limité l’étude aux six familles aux patronymes dominants déjà évoquées.
Ces ménages habitaient pour la plupart en groupes de 4 à 8 couples mariés avec enfants et grands-parents. On peut donc supposer que dans chacun de ces groupes existait une maison-souche familiale, habitée par le chef de famille, et que les autres ménages étaient ceux de frères cadets ou d’oncles, mariés à Castex, et qui n'avaient pas quitté le village. La propriété principale était celle du chef de famille, ses cadets et oncles ne disposant que d'une petite propriété, qui en général ne leur permettait pas de vivre, ce qui les contraignaient à travailler soit pour le chef de famille, soit en tant qu’artisan, soit en tant que journalier dans une métairie du village, ou les deux à la fois.
L’examen montre que parmi ces familles, certains ménages de mêmes patronymes avaient leurs maisons groupées et nommées d’un même sobriquet, d’autres leurs maisons proches les unes des autres, mais sous des sobriquets différents. Dans le cas de maisons groupées sous le même nom, le curé parle parfois de clos, par exemple le clos des Ginous, ou le clos des Douat. Cela laisse supposer que ces groupes de maisons de même sobriquet pouvaient être encloses derrière des haies ou des clôtures. L’apparentement de ces ménages y est vraisemblable, entre frères et oncles de l’héritier, mais les registres ne permettent pas de s’en assurer.
- Ménages Cougot: sur 27 ménages, il y a quatre ménages Cougot aux Auquès dans le quartier nord, six autres autour de la forge de la famille Cougot, cinq autour de la maison Trouillès, et enfin cinq dans le groupe de maisons Jamnets. Mon hypothèse est que si les premiers ménages Cougot habitaient aux Auquès dès le 15ème siècle, la maison-famille Cougot est devenue au fil du temps la forge Cougot située en face de l’église, sur le chemin de Maumus. Le forgeron est toujours un homme important dans les villages et le forgeron Cougot apparait très souvent comme parrain de nouveau-nés. Plus tard la maison-famille se déplacera à Trouillès. Les groupes de maisons des Auquès et de Jamnets étaient très probablement habitées par des ménages de journaliers ou de domestiques des deux grandes métairies, de Fau au nord et des Dossat au sud.
- Ménages Carrau: sur 19 ménages, six sont au quartier nord, dont cinq aux Auquès, et deux au quartier de l'église, trois autres proches de la chapelle. Le plus probable semblerait que la maison-famille Carrau soit restée aux Auquès.
- Ménages Vergès: les 12 ménages Vergès sont très dispersés dans les différents quartiers. Une maison Vergès importante pouvait être à Bouas, entre Ginoux et la métairie du seigneur de Béon, où l’on trouvera en 1729 trois propriétaires Vergès, dont l’un qualifié de Bayle, donc bailli ou ancien bailli du seigneur de Béon.
- Ménages Milhas: les 12 ménages Milhas sont, pour les trois quarts d'entre eux, à Ginoux, les autres dispersés dans le village. La maison-famille Milhas ne pouvait être qu’à Ginoux.
- Ménages Mailhes: les 4 ménages Mailhes dont tous au "clos des Douat", en face de l'église, et c’est aux Douat que se trouvait leur maison-famille.
- Ménages Dossat: le cas de la famille Dossat est peut-être un peu particulier. Si l’on se réfère à l’article 15-04, la famille Dossat a pu acheter des terres à Castex après la guerre de Cent ans. La maison Dossat d’origine devait être la métairie Dossat qui est mentionnée dans le livre terrier de 1729 et située sur le coté Est de la route de Trie. Or au 17ème siècle, les six ménages Dossat habitent sur le coté ouest de cette route. En 1729 le chef de famille Dossat, ecclésiastique, n’habitait pas à Castex. C’était probablement déjà le cas au 17ème siècle, comme on le verra dans un prochain article. Autrement dit l’héritier de la maison-famille Dossat n’était pas résident.
Localisation des groupes de maisons-familles des patronymes dominants (A gauche, vers Miélan; à droite vers Trie)
Rouge : familles Cougot Jaune : famille Carrau Vert : famille Milhas Bleu : famille Vergès Mauve : famille Mailhes
Orange : famille Dossat
Si les Cougot et Carrau sont bien arrivés à Castex dans le contexte de la reconstruction de Miélan, comme l’hypothèse en a été présentée dans l’article 15-04, ils se sont fondus dans l’organisation familiale du village au cours des deux cent années suivantes. Quant aux familles Milhas, Mailhes et peut-être Vergès, elles pourraient figurer parmi les plus anciennes de Castex, antérieures à la guerre de Cent ans. Aucun autre patronyme ne parait suffisamment solide et répandu au village pour former, ou avoir fondé, une maison-famille.
Quelles étaient les relations entre ces grandes familles ? Formaient-elles des clans rivaux ? La fonction de bayle du seigneur de Béon, les fonctions de consuls étaient-elles des enjeux entre ces familles ? Certaines d’entre-elles les ont-elles monopolisées ? Comment s’organisaient les relations avec l’autorité seigneuriale, avec la justice royale de Miélan et de Trie, avec les autorités fiscales de Mirande, avec les autorités ecclésiastiques de Mirande ou de Sadournin (archiprêtrés dont Castex faisait partie) ? A partir de quand les deux familles bourgeoises de Castex, Pradère et Courtade, sont-elles rentrées dans le jeu des rivalités et influences, et de l’accaparement des terres ? Quelles étaient les relations avec Pierre Fau qui apparait en 1691 dans les registres, propriétaire de la grande métairie du nord du village, et avec le propriétaire Dossat ? On ne peut que faire des hypothèses.
Les trois articles suivants détailleront, sous le règne de Louis III, la localisation de chacun des ménages du village, ceux aux patronymes dominants, comme les autres.
L’organisation maisons-familles qui avait probablement survécu à la guerre de Cent ans et à la peste de 1347, s’étiolera peu à peu après la famine de 1693-1694 et l’apport de nombreux habitants venant d’ailleurs, avec de nouveaux patronymes. On verra avec l’analyse des registres des années 1721-1749 et celle du livre terrier de 1729 de quelle manière le village a évolué entre 1698 et 1749.
Ménages et population
Pour estimer la population de Castex sous le règne de Louis XIII, on a fait l’hypothèse que le nombre de ménages et la population étaient sensiblement constants sur la période 1624-1649. On se basera d’abord sur le nombre de ménages avec des enfants nés dans cette période, c’est-à-dire les ménages "visibles" sur le registre paroissial. On estimera ensuite le nombre de ménages "invisibles", qui ont eu leurs enfants avant 1624.
On compte ainsi sur le registre des années 1624-1649, 105 ménages visibles. Les enfants nés en 1624 et postérieurement ont été élevés chez leurs parents jusque vers 1645, voire 1650 pour les garçons. Donc, dans une même maison, il y a donc eu peu, ou pas de successions de ménages ayant eu des enfants sur la période. Sur le nombre total de 105 ménages, on ne compte pas plus de 5 ménages qui se sont mariés à Castex, y ont eu leurs premiers enfants, puis ont quitté le village. On parvient alors à un nombre de ménages visibles et installés, compris entre 100 et 105.
Le nombre moyen de naissances par ménage est de 2,76, avec une fourchette de 0 à 7 et une mortalité infantile de 30%. Le nombre moyen d’enfants ayant atteint l’âge adulte est ainsi d’environ 2 par ménage.
En dehors des ménages "visibles", qui ont eu des enfants entre 1624 et 1649, plusieurs autres habitants résidaient au village :
- Les domestiques et les servantes.
- Les métayers et les locataires, restés trop peu de temps au village pour y avoir eu des enfants ;
- Les ménages propriétaires "invisibles", qui ont eu leurs enfants avant 1624,
Le registre a enregistré le décès de deux domestiques, l’un en 1633, l’autre en 1648. Faute d’autre donnée, compte tenu de la quasi surpopulation du village, on a fait l’hypothèse que les domestiques et servantes étaient des personnes du village, comptés dans les ménages visibles.
Le nombre de ménages de métayers et de locataires temporaires devait être marginal. On verra que certains patronymes uniques de ménages avec enfants nés sur la période auraient pu être ceux de métayers ou de locataires. On fera quelques hypothèses dans les articles suivants, pour la métairie de Fau et la métairie Dossat. On a donc négligé les résidents temporaires pour l’estimation de la population.
Pour estimer le nombre de ménages invisibles, donc de ménages ayant eu leurs enfants avant 1624, on se basera sur l’âge moyen du mariage, soit 20-25 ans pour les filles et 30-40 ans pour les garçons et sur la durée de vie moyenne de 52 ans (Sur la durée de vie, voir l’article 17-05). Si les femmes n’enfantaient plus au-delà de 40 ans, les épouses d’enfants nés jusqu’en 1623 avaient donc entre 20 et 40 ans en 1624, et les époux entre 30 et 50 ans. Pour une durée de vie moyenne de 52 à 53 ans, les hommes seraient décédés avant 1649 et les femmes avant 1655. Donc sur les 25 années de la période considérée, la majorité des ménages invisibles avaient perdu au moins l’un des adultes, et une proportion significative, les deux. Au moins un de leurs enfants s’était marié avant 1649 et avait hérité de leur maison et les avait hébergé jusqu’au décès du dernier survivant. Étant donné l’âge auxquels ils ont eu leurs enfants, peu de veufs ou de veuves semblent s’être remariés (ce ne sera pas le cas au siècle suivant). C’est alors la famille ou l’héritier marié qui secourait le ménage amputé d’un parent et qui l’hébergeait.
Ainsi, très approximativement, un ménage visible a succédé à chacun des ménages invisibles au cours des 25 ans de la période 1624-1649. Il n’y a pas véritablement de ménage invisible individualisé. De ce fait, avec ces approximations, un ménage sera compté en moyenne pour 2 adultes (deux parents, ou un parent et un grand -parent), et 2 enfants, soit une population de 420 personnes, ou de 400 dans une hypothèse basse.
La population de Castex sur les années 1624 à 1649 aurait donc été comprise entre 400 et 420 personnes, soit une population très élevée par rapport à sa surface. Cette situation n’avait rien d’exceptionnel, car selon les historiens la population aurait atteint un maximum partout en France entre 1625 et 1650. Puis vinrent 50 ans douloureux de misère climatique, avec pour terminer le 17ème siècle la dernière grande famine. On en estimera les conséquences à Castex dans l’article suivant.
Ainsi, dans les années pour lesquelles les registres paroissiaux ont survécu, on peut estimer qu’il y eu deux pleins de population à Castex, l'un vers 1650, l'autre vers 1840, comme on le verra plus tard. Le premier s'est terminé par une très grave crise démographique décrite dans le prochain article, le second par une forte émigration aux États-Unis.