16-01 Les guerres de religion en Gascogne

Publié le 24 juin 2026 à 10:35

On abandonne temporairement le village de Castex pour plusieurs articles consacrés au contexte de la Gascogne et du royaume de France aux 16èmes et 17èmes siècles. On retrouvera Castex dans les années 1625-1650.

 

Cent ans après la fin de la guerre de Cent ans, soit après quatre générations de paix relative, débutent en 1562 les guerres de religion. Elles dureront 40 ans.

Elles mirent aux prises trois acteurs :

  • Les ultra-catholiques dirigés par les ducs de Guise,
  • Les protestants soutenus par les Bourbon, princes de Condé et les Albret,
  • Les Rois de France, principalement la régente Catherine de Médicis et son chancelier Michel de l’Hospital, qui tentaient de calmer les ultras des deux bords.

La Gascogne fut fortement concernée car Jeanne d’Albret, la mère d’Henri de Navarre, futur roi de France, était protestante et soutenait les réformés.

La religion "prétendu réformée" en Gascogne

Le protestantisme a fait son apparition en France autour de 1520. Il s'est répandu principalement dans les villes auprès des bourgeois et des lettrés. Le plus grand nombre de communautés protestantes se trouvait dans la basse vallée du Rhône, le Languedoc, la basse vallée de la Garonne jusqu’à La Rochelle, et dans le Béarn. La noblesse du Béarn, les bourgeois et les artisans des villes de la vicomté ont majoritairement adhéré à la nouvelle religion. Les ruraux sont restés généralement passifs.

En 1560, Jeanne d’Albret se converti au protestantisme. Depuis la mort de son père, Henri d’Albret, en 1555, elle est reine de Navarre, comtesse de Foix et de Bigorre, comtesse d’Armagnac, de Lomagne, de Marsan, vicomtesse de Béarn, … Elle domine donc à peu près toute la Gascogne. Son mari Antoine de Bourbon, premier prince du sang, est gouverneur militaire de tout le sud-ouest depuis Bordeaux. La résidence de Jeanne d’Albret est à Nérac, aujourd'hui dans le Lot-et-Garonne. Elle encourage le protestantisme dans ses terres gasconnes, et deux ans plus tard interdit le culte catholique dans le Béarn, vicomté souveraine. Son fils, Henri, a neuf ans lorsque son père meurt en 1562 au siège de Rouen. Le Roi de France est alors Charles IX. Il est âgé de douze ans et sa mère, Catherine de Médicis, assure la régence.

L’Astarac, resté très majoritairement catholique, a été concerné par ces "troubles civils" au cours de deux périodes, dans les années 1567-1568 par les chevauchées de Gabriel de Lorges, comte de Montgomery, pour le compte de Jeanne d’Albret, puis dans les années 1573-1580 par les escarmouches de "Béarnais" menées depuis le pays de Rivière-Basse sur Marciac, Mirande, Trie et autres lieux. Ces escarmouches de "Béarnais" ont été rapportées par Jean d'Antras de Cornac dans ses mémoires. "Béarnais", car pour les Gascons de l'époque, les protestants, d'où qu'ils venaient, étaient des Béarnais. On trouvera dans l’annexe 8 un résumé des mémoires de Jean d’Antras.

Les guerres de Religion

En janvier 1562, un édit de Catherine de Médicis reconnait la diversité religieuse et accorde des droits aux protestants. Mais les protestants du sud-ouest s’agitent, réclament des lieux de culte, saccagent églises et monastères catholiques. En réponse, des huguenots sont massacrés à Carcassonne et à Toulouse. Le 1er mars le duc de Guise massacre à Vassy en Champagne une centaine de protestants pendant un culte, ce à quoi répond la prise d’Orléans par Louis de Bourbon, prince de Condé, un mois plus tard.

Louis de Bourbon, prince de Condé, un frère d’Antoine de Bourbon, le père du futur Henri IV, fut le chef militaire du parti protestant et François duc de Guise, celui du parti catholique. Condé fit appel à des renforts allemands et anglais, alors que de Guise enrôlait des renforts espagnols.

Les guerres d’Italie s’étaient terminées en 1559 et un grand nombre de cadets de Gascogne, qui avaient cherché fortune en Italie, sont revenus désœuvrés au pays. Ils seront de toutes les guerres de religion, en Gascogne et ailleurs, les uns coté catholique, les autres coté protestant. D’un côté comme de l’autre, on s’apostrophait et on jurait en gascon.

Louis de Bourbon, prince de Condé

François, duc de Guise

Blaise de Monluc

Le 10 mars 1563, après plusieurs affrontements, après des prises et pertes de villes (Rouen, Orléans, …) et la mort de François de Guise, Catherine de Médicis signe l’édit d’Amboise qui reconnait la liberté de conscience, mais limite fortement l’exercice du culte protestant.

Pendant les années qui suivent, Blaise de Lasseran de Massencôme, seigneur de Monluc, dit Blaise de Monluc, originaire du village de Saint-Puy en Pays de Gaure, lieutenant général de Guyenne, parvient à négocier un semblant de trêve armée dans le sud-ouest entre catholiques et protestants. Il s’appuie sur les seigneurs gascons, le seigneur de Gondrin de Pardaillan, le chevalier d’Antras et d’autres.

En janvier 1564 Catherine de Médicis entreprend un voyage à travers tout le royaume avec le jeune roi Charles IX et le prince Henri de Navarre. Le cortège de 10 000 à 15 000 personnes (!) traverse la Gascogne, visite Vic-Fezensac, Condom, puis séjourne à Nérac. La régente exige de Jeanne d’Albret le rétablissement du culte catholique là où elle l’avait interdit et le roi signe un édit donnant quelques libertés aux protestants. Le cortège n’est de retour à Paris qu’en mai 1565.

La guerre entre catholiques et protestants reprend en septembre 1567 lorsque le prince de Condé, chef des armées protestantes, inquiet de l’influence du cardinal Charles de Lorraine sur le roi Charles, veut le faire enlever. Il échoue. L’armée de Condé assiège alors Paris. Les armées catholiques et protestantes se jaugent durant l’hiver sans s’affronter. Une paix est difficilement signée en mars 1568. Les armées catholiques et protestantes, chacune renforcée par leurs alliés, s’affrontent à Jarnac en mars 1569, puis au sud de Limoges, puis à Moncontour dans le Poitou, enfin sur la Loire près de Montargis. Chaque parti exécute froidement ses prisonniers. Louis de Condé est assassiné par Joseph-François de Montesquiou, capitaine des gardes du duc d’Anjou, à la bataille de Jarnac.

Jeanne d’Albret se réfugie alors à La Rochelle, place protestante, où elle présente aux troupes leurs nouveaux chefs : Henri de Navarre, son fils, et Henri de Bourbon, prince de Condé, fils de Louis. Le roi de France ordonne la saisie de tous ses domaines. La reine de Navarre fait alors appel à Gabriel de Lorges, comte de Montgomery.

Les chevauchées du comte de Montgomery

Gabriel de Lorges, comte de Montgomery, était un fils de Jacques de Montgomery, seigneur de Lorges, et de Claude de la Bouexière. Jacques de Montgomery était d’origine écossaise, lieutenant de la garde écossaise du roi François 1er. La seigneurie de Lorges se trouvait en Normandie.

Gabriel de Montgomery s’était illustré en 1562 en prenant la ville de Bourges à la tête d’une armée protestante, puis il prit Rouen, enfin Caen. En 1567 Montgomery se trouve dans le Languedoc avec une petite troupe. A l'appel de Jeanne d'Albret, il traverse l’Ariège, le Comminges, Lannemezan, la plaine de Tarbes et rejoint les protestants à Navarrenx. Partout où il passe, il saccage les églises. 

Jeanne d'Albret

Gabriel de Montgomery

Il reconquiert le Béarn, bat les catholiques à Orthez, prend Saint-Sever, puis Mont-de-Marsan, brûlant les églises des villes qu’il traverse. Il brûle Nogaro, met le feu à l’église de Vic-Fezensac, et passe l’hiver 1567 avec ses troupes à Condom. Les églises et couvents des environs, dont l’abbaye de Flaran, sont saccagés. Blaise de Monluc reprend petit à petit les villes l'année suivante.  

En 1569 les troupes de Montgomery prennent Rabastens, puis passent l'hiver près de Maubourguet. Elles ravagent les lieux de culte catholique en Bigorre et Rivière-Basse, ainsi que le prieuré de Madiran, les églises et le couvent des Augustins de Marciac, les monastères de Saint-Mont et de la Case-Dieu, les églises de Préchac, de Tasques (pillée la nuit de Noël 1570), de Castelnau-Rivière-Basse. Une petite troupe de "Béarnais" stationnera à Castelnau pendant près de 20 ans.

Tarbes, défendue par le chevalier de Villembits, est évacuée en septembre 1569, prise par Montgomery qui y incendie les églises. Un second pillage de Tarbes par les protestants a lieu en janvier 1570, puis un troisième en avril 1571, une dernière fois en 1574 par le capitaine Lysier, chaque fois pour quelques jours ou quelques semaines d'occupation.

En août 1570 Trie fut également prise par un détachement des troupes de Montgomery. Le monastère des Carmes fut brulé et les moines égorgés et jetés dans un puits.

La Saint-Barthélemy et ce qui s'en suivit

Une "paix" est signée en 1570 par L’édit de Saint-Germain qui confirme la liberté de conscience et accorde aux protestants quatre places de sureté. Le roi rend ses domaines à Jeanne d’Albret. Pour sceller cette paix, Catherine de Médicis décide du mariage d’Henri de Navarre avec Marguerite de Valois, sœur du roi. Ils sont cousins issus de germains. 

Après de longues négociations, elle parvient à en convaincre Jeanne qui meurt peu avant le mariage célébré en le 18 août 1572 à Paris, alors que le pape a refusé de donner une dispense. Ils ont 19 ans tous les deux. Henri est entré dans la capitale portant le deuil de sa mère, accompagné de 900 gentilhommes huguenots tous vêtus de noir. 

Henri de Navarre vers 1575

Marguerite de Valois

La messe nuptiale est célébrée à Notre-Dame. Henri, protestant, n’y assiste pas et attend sur le parvis. Le roi Charles a donné en dot à sa sœur l’Agenais, le Quercy et le pays de Gaure (Fleurance). Henri de Navarre complète donc largement ses possessions du sud-ouest.

Les Parisiens s’indignent de ce mariage de la sœur du roi avec un hérétique. Le 24 aout ce sera le massacre de la Saint Barthélémy, à la suite d’un attentat contre l’amiral de Coligny, protestant. Deux cent nobles protestants présents à Paris sont assassinés, puis de simples citoyens. Les moines excitent les tueurs. Au total on évalue la tuerie à 4000 morts à Paris. Les massacres se répandent dans plusieurs villes de province. Henri échappe au massacre en devenant catholique. Le pape Grégoire XIII célèbre une messe d’action de grâce… Beaucoup de protestants abjurent, d’autres s’exilent, mais ils s’estiment avoir été trahis par le roi.

C’est en cette même année 1572 que le chevalier Jean d’Antras est nommé gouverneur de Marciac (voir l’annexe 8)

En réponse les villes protestantes du midi prennent les armes et se ferment aux troupes royales qui les assiègent. Le siège de La Rochelle dure de mars à aout 1573. La reine d’Angleterre, Elisabeth Ière, envoie à La Rochelle une flotte de secours commandée par Montgomery, mais elle ne peut y entrer.

Les troubles reprennent l’année suivante. Gabriel de Montgomery, qui a débarqué en Normandie avec une troupe anglaise en 1574, est pris par les catholiques et décapité à Paris.

L’édit de Boulogne du 11 juillet confirme la liberté de conscience, mais limite la liberté de culte à trois villes : La Rochelle, Nîmes et Montauban. Les protestants du midi organisent une Union des Protestants du Midi, avec un véritable gouvernement. Les troubles reprennent dans le midi dès février 1574. Charles IX meurt en mai 1574, auquel succède Henri III, son frère, sacré à Reims en 1575.

Il signe l’édit de Beaulieu en mai 1576, censé ramener la paix, qui maintient la liberté de conscience et accorde aux protestants la liberté de culte sauf à Paris. Le culte catholique doit être rétabli dans les villes où les protestants l’on aboli et ont désaffecté les églises. Henri de Navarre qui s’est enfui de Paris en février 1576, abjure le catholicisme et revient dans la "religion prétendue réformée".

Bien que chef de fait du parti protestant, Henri de Navarre est nommé gouverneur de Guyenne par le jeune roi. La Gascogne est alors en pleine anarchie : brigandages, justice en panne, commerce suspendu. Henri s’installe à Agen et se rend dans toutes les cités gasconnes pour s’y montrer et rétablir l’ordre. Il chasse, multiplie les conquêtes galantes (la reine Marguerite est à Paris avec son amant), parle gascon avec tout le monde. De nombreux seigneurs catholiques se rallient, dont le seigneur de Roquelaure qui sera nommé gouverneur de Guyenne, et dont un descendant sera comte d’Astarac.

Les Ligues

Les seigneurs catholiques considèrent que le roi Henri III a trop concédé de droits aux protestants et créent la Ligue dans le but de restaurer les privilèges de l’église catholique. Le roi est contraint d’en prendre la tête. L’édit de Beaulieu est aboli.

Le parti catholique prend la tête de l’armée royale et reprend plusieurs villes protestantes, mais faute de moyens financiers, le conflit est suspendu. Une négociation se conclu par la signature de l’édit de Poitiers en septembre 1577, qui restreint les droits des protestants par rapport à l’édit de Beaulieu. La Ligue catholique est dissoute.

Mais cet édit n’est pas appliqué partout. Catherine de Médicis entreprend un nouveau voyage dans le sud-ouest à l’automne 1578, où la reine Marguerite l’accompagne. Un traité de Nérac est signé avec Henri en février 1579. Les protestants obtiennent la liberté de culte dans une quinzaine de villes.

Puis des troubles reprennent en novembre 1579 en Dauphiné et en Provence. En avril 1580 Henri de Navarre prend possession de Cahors où finalement il est assiégé par les troupes royales. Le traité de Fleix met fin au conflit et confirme le traité de Nérac.

Le temps passe… Henri tombe amoureux de la belle Corisande, veuve du comte de Gramont, alors que Marguerite s’enfuit en Auvergne avec le beau Champvallon.

Henri de Navarre, roi de France

Le 11 février1584 la mort du duc d’Alençon, dernier frère du roi, fait d’Henri de Navarre l’héritier du trône de France. Quelques grands du royaume reconnaissent Henri comme héritier, mais pas la majorité. La perspective d’un roi protestant conduit à la constitution de la Sainte Ligue catholique, avec Henri de Guise pour chef, soutenue par le roi d’Espagne Philippe II. Le vieux cardinal Charles de Bourbon est proclamé par la Ligue seul candidat au trône de France. Henri III est contraint par les ligueurs de signer le traité de Nemours en 1585 qui contraint les protestants à revenir au culte catholique et impose un roi catholique.

La guerre reprend en Dauphiné, Languedoc, Poitou. Elle durera 13 ans. Toulouse et Auch se rallient à la Ligue. La reine Marguerite revient dans la ville d’Agen et lance des opérations contre les troupes protestantes, mais est chassée par les Agenais.

Antoine-Arnaud de Pardaillan de Gondrin, seigneur de Montespan, tente d’assiéger Vic-Fezensac, puis Condom pour la Ligue. Finalement il prend Larressingle, occupé par une bande de brigands. Plus tard il se ralliera au roi Henri IV.

Le conflit sera multiforme. Sans rentrer dans le détail des opérations, le duc de Guise qui a pris le pouvoir à Paris contre le roi est arrêté et exécuté sur ordre du roi en décembre 1588. A Paris les ligueurs destituent le roi qui s’allie alors avec Henri de Navarre pour mettre le siège devant Paris. Mais le roi Henri III est assassiné par Jacques Clément un moine ligueur, le 1er aout 1589.

Henri de Navarre devient alors roi de France sous le nom d’Henri IV. Il abjure la religion protestante en 1593, est sacré roi en février 1594. Il a 40 ans. Il signe l’Edit de Nantes en 1598, qui met fin aux guerres de religion. Après le prononcé de nullité de son mariage avec Marguerite de Valois en 1599, Henri IV se marie l’année suivante avec Marie de Médicis. Henri IV entreprend alors de reconquérir son royaume, et en premier d’obtenir l’adhésion des grands seigneurs. Ces adhésions furent encouragées par de grasses pensions. Les seigneurs ligueurs ont été pour la plupart amnistiés et ont reçu de généreuses largesses financières pour prix de leur ralliement qui ont couté plus de 30 millions de Livres au trésor royal. Un certain nombre fut néanmoins exilé.

Henri de Navarre, roi de France

Marie de Médicis, reine de France

La disparition de la Gascogne

L’usage dans la monarchie capétienne était que les fiefs tenus par le nouveau roi entrent dans le domaine royal, soient rattachés à la couronne. Henri IV n’accepta pas facilement de s’y conformer. En 1599 il donna en dot à sa sœur, Catherine de Bourbon, le duché d’Albret, les comtés d’Armagnac, de Périgord et de Rouergue. Mais la dot fut rendue lorsqu’elle mourut en 1604. Finalement Henri céda aux plaintes répétées du Parlement de Paris et incorpora en 1607 ses possessions gasconnes, Foix, Albret, Bigorre, Gaure, Périgord, Quercy, Armagnac, Fezensac et Fezensaguet, Lomagne, les Quatre Vallées, les vicomtés landaises, le Limousin au domaine royal. Seul le Béarn et le royaume de Navarre restèrent souverains. Le roi portait désormais le titre de roi de France et de Navarre, vicomte de Béarn. Le comte d’Astarac était vassal du roi de France depuis le 13ème siècle, mais le comté ne faisait pas partie des possessions d’Henri IV. Ainsi le comté d’Astarac fut le seul fief de Gascogne à subsister hors du domaine royal jusqu’à la Révolution de 1789. Désormais le domaine royal se confondait de plus en plus près avec le royaume et la Gascogne avait disparu. Le gouverneur de Guyenne avait son siège à Bordeaux, qui incluait Haute Guyenne, anciennement Gascogne, et Basse Guyenne, anciennement Aquitaine.

Selon l’Histoire de France, l’Édit de Nantes signé en avril 1598 aurait mis fin aux guerres de religion. Ce n’est pas tout à fait exact. Les "troubles civils" vont durer encore près de 30 ans.