Après une longue séquence consacrée au village de Castex à la fin du 13ème siècle, après un aperçu des calamités du 14ème siècle en Gascogne et à Castex, on reprend le fil de l’histoire du conflit entre le roi de France et le roi-duc d’Aquitaine. Nous les avions abandonnés en 1328 (article 10-03). Il ne s’agit pas ici de narrer la guerre de Cent ans, mais uniquement les guerres du comte d’Armagnac et du comte d’Astarac, puis dans l’article suivant la guerre de Cent ans à Miélan et en Gascogne gersoise.
La guerre de Cent ans en Gascogne
Les grandes batailles de la guerre de Cent ans, Crécy (en 1346) et Azincourt (en 1415), puis l’épopée de Jeanne d’Arc en 1429 se sont déroulées au nord de la Loire, et chacun s’en souvient. Mais la guerre de Cent ans du comte d’Armagnac ou celle du comte d’Astarac méritent également qu’on s’y arrête. Car la noblesse gasconne n'a pas pu rester en dehors du conflit. Les comtes d'Armagnac, d'Astarac, de Foix-Béarn et leurs vassaux, se sont engagés tantôt du côté du roi d'Angleterre et duc d'Aquitaine, tantôt du côté du roi de France.
Néanmoins, jusqu’aux dernières années du 14ème siècle, les comtes gascons, principalement Armagnac, avaient conservés suffisamment d’autonomie et d’indépendance pour défendre leurs intérêts propres avant celui de leur souverain anglais ou français. Sous suzeraineté anglaise, les comtes de Gascogne demandaient des secours au roi de France. Sous suzeraineté française, ils se plaignaient au roi d’Angleterre.
Tout au long de cette guerre, la Gascogne gersoise s’est trouvé être une zone frontière dans laquelle les limites de juridictions entre la royauté anglaise et la royauté française n’ont cessé d’être mouvantes. Cela s’est traduit dans la documentation écrite par de nombreux actes de rattachement de communautés, ou de comtés dans leur ensemble, à l’un, puis à l’autre des domaines royaux. Seuls les comtés et vicomtés du Bordelais sont restés dans l’ensemble fidèles au roi d’Angleterre. Les marchands bordelais vivaient bien du commerce avec Londres, de vin dans un sens, de blé au retour.
Les hostilités n’ont pas duré cent ans. Elles furent entrecoupées de trêves, souvent de plusieurs années, comme cela a été évoqué dans l’article précédent. Et l’on se battait entre gascons, car tant les armées anglaises que françaises employaient des soldats
gascons. Les deux belligérants utilisaient également des mercenaires espagnols, allemands, génois, écossais.On les débauchait sans solde pendant les trêves. Ces bandes de routiers, comme on les appelait, pillaient alors les campagnes. Bien que soldées par le roi-duc ou par le roi de France, les troupes "régulières" vivaient également en campagne sur les pays traversés, de manière peut-être à peine moins brutale que les routiers. Pour faire face aux soldats débauchés pendant les trêves, les consuls de certaines villes acceptaient alors parfois de payer une "indemnité", le plus souvent en nature, pour que les troupes ne traversent pas leur cité et cantonnent hors les murs, et pour qu'elles ne pillent pas les campagnes environnantes.
Extrait de la complainte du pauvre laboureur de France (15ème siècle)
La plupart des combats en Gascogne se sont déroulés entre Bazas, Agen et Condom, le plus souvent limités à des escarmouches de quelques dizaines ou centaines de combattants, pendant quelques jours, rarement quelques semaines. La "ligne de front" s'est stabilisée pendant une longue période dans le secteur Condom – Valence-sur-Baïse, ponctuée de raids de courte durée. C’est dans cette zone que des "châteaux gascons" ont été bâtis à la hâte, aussi bien côté anglais que côté français. Ces châteaux gascons comportaient un corps de logis pour quelques dizaines de soldats et une ou deux tours de guet de deux ou trois étages.
La Gascogne méridionale ne sera concernée que très marginalement par les campagnes militaires. Les plus marquantes furent la chevauchée du Prince Noir en 1355, et la destruction de la bastide de Miélan par les Anglais en 1370 qui feront l’objet de l’article suivant. On évoquera pour commencer ce qu’il advint des comtés d’Armagnac et d’Astarac pendant la guerre de Cent ans.
Les comtes d'Armagnac en guerre
A la fin de l’article 10-04 on avait abandonné Jean 1er d'Armagnac qui venait de joindre à ses domaines la vicomté de Lomagne et le comté de Rouergue, sans compter le Charolais apporté en dot par sa seconde épouse. Avec un pied dans la France du nord, et une épouse d’ascendance capétienne, le comte d’Armagnac Jean 1er ne pouvait que combattre du côté du roi de France. En 1352, il est nommé Lieutenant-général du roi pour le Languedoc, l’Agenais, le Périgord, le Quercy, le Rouergue, alors que la quasi-totalité de sa lieutenance est au pouvoir des Anglais. Guerroyant entre Marmande, Agen, Toulouse, jusqu’à La Réole en 1352-1354, il court après des fonds pour payer ses troupes. Le roi Jean II "le Bon" lui verse 100 000 florins, qu’il emploie pour convaincre les consuls de toutes les cités et bourgs de Gascogne de renforcer leurs murailles et de mettre les biens les plus précieux à l’abri dans les places fortes. L'année suivante, le Prince Noir ravageait la Gascogne.
La Gascogne anglaise
L’article 10-04 avait narré les démêlés entre le comte d’Armagnac et le comte de Foix-Béarn. Philippe le Bel avait obtenu d’eux la cessation des hostilités depuis 1309. Le nouveau comte de Foix-Béarn depuis 1343 s’appelait Gaston III, dit Fébus (ou Phébus). Outré de la lieutenance donnée à son rival par le roi, il s’allie aux Anglais et engage des hostilités contre Armagnac en 1359. Mais la paix de Brétigny de 1360 suspend, provisoirement, cette guerre "privée" dans la guerre franco-anglaise. Ce traité mit fin à la captivité du roi Jean II, prisonnier en Angleterre depuis 1356, et plaçait en échange presque toute la Gascogne, Foix, Béarn, Armagnac, Bigorre, sous suzeraineté anglaise. La rançon pour la libération de Jean II le Bon fut de 3 millions d’écus d’or, pour le paiement de laquelle une taxe fut décrétée, réputée levée pour une durée de six ans, de 5% sur la vente des denrées et marchandises, de 20% sur la vente du sel et de 8% sur la vente de vin. C’est pour la perception de cette taxe, que se mit en place le système des "fermes" qui perdura jusqu’à la Révolution.
Dans le traité de Brétigny le roi d'Angleterre renonçait à revendiquer la couronne de France, mais ne concédait pas l’hommage pour le duché d’Aquitaine qui échappait donc à la suzeraineté du roi de France. En 1362 le duché devint principauté d’Aquitaine, vassale du roi d’Angleterre. Les seigneurs et consuls de Gascogne durent alors prêter serment au Prince Noir, fils d'Edouard III, nommé duc d'Aquitaine. Jean d'Armagnac s'y résolu en 1365. La trêve franco-anglaise dura neuf ans. Gaston Fébus en profita pour reprendre les hostilités contre Armagnac. Le roi de France octroya alors à chacun 200 000 florins pour faire la paix.
Désastre pour Armagnac
Cette "paix gasconne" fut de courte durée. Les armées rassemblées d'un côté par Jean d’Armagnac, allié au comte de Comminges et au comte de Pardiac, et de l'autre par Gaston Fébus, allié au comte d’Astarac, s’affrontèrent en 1362 à Launac, près de l’Isle-Jourdain. Chacun des deux comtes avait rallié ses vassaux. Ce fut un désastre pour Jean d’Armagnac qui avait lancé sa cavalerie "à la manière de Crécy", face aux archers de Gaston. Comtebon baron d'Antin, chevalier, se distingua au cours de cette bataille et en fut remercié par Gaston qui lui alloua les revenus de quelques terres sa vie durant. Gaston fit prisonnier presque toute la noblesse d’Armagnac et de Comminges. Il fallut payer les rançons. Les populations des comtes prisonniers furent donc taxées "de dons gracieux" pour plusieurs années, ce qui provoqua des troubles. Jean d’Armagnac obtint un prêt du duc d’Aquitaine pour en payer une partie. Les rançons rapportèrent à Gaston de l’ordre d’un million de florins, 15 millions de franc-or. C'est avec cet argent qu'il construisit, ou reconstruisit, plusieurs forteresses en particulier en Bigorre.
Gaston Fébus trône « en majesté » entouré de ses veneurs
miniature du Maître des Adelphes, vers 1407
De Castille en Catalogne
Entre 1365 et 1367 le conflit franco-anglais se transporta en Castille dans la guerre de succession entre Henri de Transtamare soutenu par les Français, et son demi-frère Pierre le Cruel, soutenu par le Prince Noir. Le roi de France envoya Du Guesclin avec une armée de mercenaires soutenir Henri. Le Prince Noir avait convoqué toute la noblesse gasconne de sa principauté, en particulier le comte Jean d’Armagnac et ses vassaux. Le parti franco-castillan fut battu à la bataille de Navarrete en avril 1367 (Najera en Castillan) et Du Guesclin fait prisonnier.
L’année suivante la ville de Miélan fut traversée, certains disent occupée et rançonnée, par Henri de Trastamare et les troupes franco-castillanes de retour d’Espagne. Rien n’est sûr, mais il est très probable que Miélan et les villages alentours, dont Castex, furent effectivement "rançonnés" pour nourrir les troupes. Henri de Trastamare se dirigea ensuite vers Tournay, puis pris et brûla Bagnères-de-Bigorre, occupée par les Anglais. Mais le roi Charles V appela Henri dans le Bas-Languedoc. Par Tarbes et Toulouse, celui-ci quitta la Gascogne pour la côte méditerranéenne. Toujours avec l’aide du roi de France, il engagea l’année suivante un combat décisif en Catalogne où Pierre-le-Cruel fut pris et décapité. Henri de Trastamare devint alors roi de Castille sous le nom d’Henri II. Il apporta un soutien militaire constant au roi de France pendant son règne.
Puis la guerre franco-anglaise reprit en France en 1369. Le Prince Noir qui n’avait plus de quoi payer ses troupes demanda au comte d’Armagnac de lui rembourser le prêt qu’il lui avait consenti. Le comte d’Armagnac rompit alors avec lui et se rallia au Roi de France qui en remerciement lui fit cadeau de la Bigorre. Gaston Fébus resta neutre jusqu’en 1370, tenta de bâtir une coalition contre Armagnac, puis renonça. Car le Roi de France lui rendit la Bigorre en échange de terres données à Jean d'Armagnac en Rouergue. Les deux adversaires se jurèrent une amitié éternelle en 1373, peu de temps avant la mort de Jean 1er. Son fils Jean II lui succéda.
Le Prince Noir mourut de maladie en 1376, puis son père Edouard III, l’année suivante. Richard II, son petit-fils âgé de 10 ans, lui succéda. La guerre reprit en 1379 sous forme de raids français sur les côtes anglaises, puis en Ecosse, et de chevauchées anglaises sur les côtes françaises, puis en Flandre.
Schisme en Occident
Une perturbation supplémentaire qui dura 40 ans, concerna plus spécialement les campagnes gasconnes déchirées entre la fidélité au roi de France et celle au roi d’Angleterre. On se souvient que Philippe le Bel avait obtenu d’installer la papauté à Avignon à partir de 1305. Les papes se succédèrent à Avignon sans heurt jusqu’en 1378. Mais l’année 1378 fut l’année du début du Grand Schisme d’Occident, où il y eu deux papes, l’un à Rome, l’autre à Avignon, s’accusant l’un l’autre d’antipape. Le pape de Rome était soutenu par le roi d’Angleterre et le pape d’Avignon par le roi de France. Si l’archevêque d’Auch est resté fidèle au roi de France, certains évêques gascons, dont l’évêque de Tarbes, ont oscillé entre l’un et l’autre pape. Certains diocèses gascons se sont retrouvés avec deux évêques, nommés par chacun des deux papes, qui nommaient à leur tour, chacun "son" curé dans les paroisses. Cette situation perturba non seulement la noblesse gasconne, mais également jusqu’aux paysans dans les villages. Les fidèles ne savaient plus quoi penser. Le schisme s’est terminé en 1417, avec l’élection du pape romain Martin V. Le palais des papes d’Avignon devint résidence du légat du pape en France.
Une nouvelle génération en Gascogne
La rivalité entre Armagnac et Foix aurait pu se conclure en 1379 par le mariage entre la fille de Jean II d'Armagnac et le fils de Gaston Fébus. Mais le mariage n’eut pas lieu car, dans une querelle, Gaston tua son fils unique d’un stylet, ce dont il se repentit amèrement pour le restant de ses jours. Jean III d'Armagnac, le fils ainé de Jean II, fut marié avec Marguerite, héritière du Comminges. Il parvint à emmener plusieurs compagnies de routiers guerroyer en Espagne, puis il partit en 1390 avec d'autres guerroyer en Italie dans la querelle entre Florence et Milan où il trouva la mort en 1391. Il avait 28 ans.
Son frère cadet Bernard VII lui succéda. Marguerite de Comminges, la veuve de Jean III, se remaria avec Jean, fils du comte de Pardiac, qui avait 20 ans de moins qu'elle. Plus tard, séparé de sa femme, Jean de Pardiac fit appel à Bernard VII pour forcer Marguerite à l'obéissance. Bernard promit, puis prétendit que le comte de Pardiac avait tenté de l’envouter. Il l’attaqua dans son château de Monlezun, l’enferma dans un cachot où il mourut. Puis Bernard s’empara de ses fils et les fit mourir. Ainsi le Pardiac entra par la force dans les domaines d’Armagnac.
Bernard VII d'Armagnac convola en 1394 avec Bonne, sa cousine germaine, fille du duc de Berry, frère du Roi Charles V, fils de Jean Le Bon, qui lui apporta 100 000 livres d’or en dot. Bernard hérita ensuite de la vicomté des Quatre-Vallées à la mort de son oncle. Ainsi le comte d’Armagnac, non seulement renfloua ses caisses, mais devint également en quelques années un Grand du royaume de France.
La guerre civile
Le roi Charles VI, fils de Charles V, ayant été déclaré fou en 1392, ce sont ses oncles qui gouvernaient à sa place. Le duc Philippe de Bourgogne fit fonction de régent jusqu'à sa mort. Son fils Jean de Bourgogne fit assassiner en 1407 Louis d'Orléans, frère du roi, qui contestait son autorité, ce qui déclencha une guerre civile de 28 ans entre Bourguignons, alliés des Anglais, et Armagnacs qui soutenaient les frères du roi.
Bernard VII recruta toute la noblesse gasconne qui souhaitait en découdre avec les "Francs" du nord qui, depuis la croisade des Albigeois, s'occupaient un peu trop de la Gascogne à leur goût. Les troupes d'Armagnacs, dont une majorité de Gascons, ravagèrent l'ile de France en 1410 alors que Paris était "Bourguignon".
Incapable de prendre Paris, Bernard VII retourna dans son comté et voulu résoudre une fois pour toute la possession du Comminges. Il fit enlever et enfermer Marguerite de Comminges dans son château de Lectoure. Charles VI somma Bernard de relâcher Marguerite mais Bernard passa outre et alla déclarer la guerre à Jean de Foix en 1413. Rappelé par la cour à Paris où les Bourguignons étaient devenus impopulaires, Bernard marcha à la tête d'une troupe nombreuse contre Jean, le duc de Bourgogne, et une paix fut signée. Revenu rapidement en Gascogne avec un corps de mercenaires, Bernard s'empara de quelques possessions de Foix, avant que le pape ne réussît à leur faire signer une trêve
Au milieu de ces désordres, le Roi d’Angleterre Henri V qui avait succédé à Richard II, reprit la guerre en France en 1415 et ce fut le désastre d’Azincourt. Bernard d’Armagnac fut nommé connétable. Il fit régner la terreur à Paris, en Ile de France, en Normandie, fit lever d’écrasantes taxes dans le royaume de France pour recréer l’armée détruite à Azincourt. Mais en 1418 les Bourguignons entrèrent par surprise dans Paris et jetèrent en prison, puis tuèrent tous les Armagnacs qu’ils trouvèrent. Bernard VII fut lynché.
Jean IV, son fils ainé prit la succession de son père en Armagnac. Devant la puissance anglaise après Azincourt, il conclut une alliance avec eux dès 1418, puis envisagea de marier une de ses filles avec le Roi d’Angleterre, mais tergiversa et ne conclut pas. Il ne se mêla d'aucune façon aux campagnes de Jeanne d'Arc et resta confiné sur ses terres, tentant de les protéger des
Massacre des Armagnac à Paris en 1418
Enluminure du maitre de la chronique d’Angleterre
incursions anglaises et des routiers. En 1421 Jean IV d’Armagnac acheta la seigneurie de l'Isle-Jourdain et la seigneurie de Gimont.
A 56 ans, Marguerite de Comminges, veuve du comte de Pardiac, convola en 1415 avec Mathieu de Foix qui en avait 34. Jean IV prit alors la direction du Comminges avec quelques troupes. Pour faire taire la rivalité entre Foix et Armagnac pour la possession du Comminges, le roi Charles VII obtint de Marguerite de Comminges que son comté fût incorporé au domaine de la couronne à la mort de la comtesse qui surviendra en 1443.
La reconquête du royaume
Les Anglais occupaient alors pratiquement tout le nord de la Loire. Charles VII se proclamait roi de France en la cathédrale de Bourges en 1422. L’épopée de Jeanne d’Arc en 1429 marqua le début de la reconquête. Le traité d’Arras de 1435 mit fin au conflit entre Armagnacs et Bourguignons. La même année Charles VII donna naissance à une armée permanente financée par un impôt nouveau : la taille.
Il décida d'en finir avec ce vassal ingouvernable qu’était Jean d'Armagnac. Celui-ci fut pris à L'Isle-Jourdain et jeté en prison pour rébellion contre le roi de France. Le roi mit sous séquestre le comté de Rodez, la ville de Lectoure et d’autres places d’Armagnac et fit jurer au comte de renoncer à toute alliance avec les Anglais. Jean IV mourut cinq ans plus tard en 1450, alors que la guerre de Cent Ans touchait à sa fin.
En 1449-1450, les anglais étaient chassés d’Ile de France et de Normandie, puis en 1450-1451 d’Aquitaine, sauf Bordeaux. En mai 1453 la bataille de Castillon mit fin à la guerre de Cent ans, de facto car il n’y a jamais eu de traité de paix. En 1346, on s’était battu à Crécy avec des arcs contre des arbalètes. Sept ans plus tard, à Castillon, l’armée royale mettait en œuvre les canons des frères Bureau tirant des boulets de fer. En octobre 1453 Bordeaux se rendait.
La piteuse fin de la famille d’Armagnac
La paix était revenue en Gascogne et les rois de France vont se servir des frasques des derniers comtes d’Armagnac pour réduire progressivement l’autonomie de la noblesse gasconne, qu’elle avait acquise d’une certaine façon depuis la fin de l’Antiquité.
Jean V, fils de Jean IV et nouveau comte d‘Armagnac, guerroyait depuis quelques années dans l’armée du roi de France. Après la prise de Bordeaux en 1453, le roi lui rendit Lectoure et d’autres places. Mais Jean eut deux enfants nés de sa sœur Isabelle, et fut excommunié. Le roi Charles VII marcha contre Lectoure. Jean V s’échappa, fut jugé devant le Parlement de Paris, s’enfuit en Espagne, et fut condamné à un exil perpétuel et à la confiscation de tous ses biens. Mais à la mort de Charles VII, Louis XI ordonna la révision du procès et rendit à Jean la jouissance de ses biens.
Rentré en France, et comme il continuait à provoquer des troubles, Louis XI envoya une armée qui prit la plupart des places fortes d’Armagnac, du Rouergue, du Fezensac et mit le siège devant Lectoure en 1472. Jean V y fut tué en mars 1473 d’un coup d’arbalète.
Son seul héritier était Charles, son frère cadet. Louis XI le tint en prison à la Bastille pendant 13 ans. Après la mort du roi, Charles obtint la restitution de son comté en 1484. Il mourut sans descendance en 1497. Le Roi de France nomma la même année un Sénéchal d'Armagnac qui siégeait à Lectoure et présidait les Etats d'Armagnac, relevant désormais du Parlement de Toulouse.
Les domaines du comte d'Armagnac passèrent à son petit-neveu, Charles d’Alençon, puis à Henri d’Albret,
Le château des comtes d’Armagnac de Lectoure se situait à l’extrémité de la ville sur un éperon rocheux. Il a été rasé au 18ème siècle pour construire à la place un hôpital. Ne restent de l’ancien château féodal que quelques éléments de fondation sur le rempart.
Photo ville de Lectoure
Henri d'Albret était roi de Navarre, comte de Foix et de Bigorre, vicomte de Béarn. Il avait épousé la veuve de Charles d’Alençon. Son petit-fils devint plus tard roi de France sous le nom d’Henri IV, mais c’est une autre histoire qui sera racontée dans un prochain article. Le comté d’Armagnac était désormais sous tutelle royale et les pouvoirs du comte limités à la perception des redevances féodales.
Les comtes d'Astarac en équilibre
On se souvient des démêlés du comte Centulle III d’Astarac avec les abbés de Simorre (article 10-05). Son fils Bernard V lui succéda en 1300, puis en 1331 son petit-fils Centule IV.
Pendant la trêve qui suivit la paix de Brétigny en 1360, Centule IV se trouvait aux côtés de Gaston Fébus, comte de Foix, lors de la bataille de Launac, dont on a parlé plus haut. Jean Ier d'Astarac succéda à son père Centule IV l'année suivante.
Ce comte Jean rejoignit à Toulouse en 1374 l'armée du duc d'Anjou au siège d’Agen. Le comte d’Anjou pris La Réole, Langon, Condom, Fleurance. Le comté d'Astarac, dans cette même année, fut temporairement confisqué par le Roi de France suite à des différents entre la comtesse et les habitants de Mirande.
Les années suivantes furent très perturbées, entre les escarmouches franco-anglaises, le conflit privé du comte d'Armagnac avec le comte de Foix, et la guerre civile des Armagnacs contre les Bourguignons. Prudemment, Jean 1er d'Astarac, puis son fils Jean II, et Jean III son petit-fils, restèrent fidèles au Roi de France et neutres dans les conflits avec les Armagnac.
Pendant la période des papes d'Avignon (1309-1418) Jean III tenta sans succès d'ériger Mirande en évêché. Nommé gouverneur de Gascogne, il participait encore une fois à la guerre contre les Anglais dans les premières années du 15ème siècle, dans une alliance cette fois avec le comte d'Armagnac, le comte de Foix et le sire d'Albret. Durant l'été 1426 le nord de l'Astarac fut ravagé par une bande de routiers installée dans Pavie. Une fois Pavie libérée, Jean III continua la guerre contre les Anglais dans l'Agenais, puis dans les Landes jusqu'à la prise de Saint-Sever et de Dax, puis de Mauléon par les troupes royales.
L’année 1453 clos le Moyen-âge et marque l’entrée dans la Renaissance. Avant cela, on revient un peu en arrière, et plus près de Castex, pour évoquer la chevauchée du Prince Noir en Gascogne en 1355, puis la destruction de Miélan par les Anglais en 1370.