Annexe 6 : voyager d'Auch à Paris en 1528

Publié le 1 mai 2026 à 12:02

Paul Parfouru relate en 1889 dans un petit opuscule le compte rendu de plusieurs voyages de deux bourgeois d'Auch à Paris en 1528 et 1529 (source Gallica.bnf.fr). Il ne s'agissait pas de voyages d'agrément, mais d'une mission ordonnée par les consuls d'Auch auprès d’Henri d’Albret pour demander le transfert de la sénéchaussée d’Armagnac de Lectoure à Auch.

Il n’y avait pas encore de service de diligence en 1528. Ils ont donc voyagé par leurs propres moyens, et présenté à leur retour aux consuls une véritable note de frais, justifiant chacune de leurs dépenses : chevaux, repas, couchages, péages, rendez-vous. L’opuscule de Paul Parfouru commente cette note de fais. On rappelle que la Livre vaut 20 sous et le sous 12 deniers.

Donc en 1528 maître Raymond de Bonnecaze, licencié en droit, et le sieur Bernard Cabandé, sieur du Faget, sont missionnés par les consuls d’Auch pour présenter à Henri d’Albret une requête pour remettre le siège de la sénéchaussée d’Armagnac à Auch.

Ils embauchent un page et un laquais, achètent trois chevaux (un seul cheval pour le page et le laquais) et une malle de voyage, et se mettent en route le 14 juillet 1528 avec une provision pour dépenses de 400 Livres, une somme très importante pour l’époque.

Leurs premières étapes sont Condom, puis Nérac. Le comte d’Albret n’est pas à Nérac mais à Paris avec la cour du roi François 1er. Nos bourgeois continuent donc par Saint-Emilion, Poitiers, Châtellerault, Amboise, Blois, Orléans, et Etampes. Chaque repas leur coûte en moyenne 16 sous à eux quatre, le couchage un peu plus d’une Livre, y compris l’écurie et la nourriture pour les chevaux. Il est entendu que le page et le laquais couchent à l'écurie. Le prix des péages pour traverser les rivières coûte entre 2 et 5 sous. En cours de route il a fallu remplacer un cheval qui marchait péniblement. Ils arrivent à Paris le 1er août, donc après un voyage de deux semaines.

Une fois à Paris, nos voyageurs apprennent que la cour est à Fontainebleau. Ils s’accordent trois jours de repos puis partent pour Fontainebleau, mais la cour se déplace alors pour Saint-Germain en Laye. Il faut donc revenir sur Paris, puis prendre la route de Saint-Germain en Laye. Mais les chevaux sont exténués et l’un d’eux doit être remplacé pour un coût de 2 livres et 8 sous. Entre Paris et Saint-Germain il faut traverser trois fois la Seine. Les trois péages leur coûtent quatre sous et 9 deniers.

Il faut imaginer la cour du roi : le roi et sa famille, les domestiques, laquais, femmes de chambre, palefreniers, cochers, cuisinières, lingères, le clergé au service du roi, les courtisans et leurs propres domestiques, les notaires et officiers de justice royaux et leurs greffiers, les quémandeurs de toutes sortes, les marchands ou commerçants proposant leurs services à tout ce monde. Le logement et la nourriture sont évidemment plus chers à Saint-Germain lorsque la cour y réside. Les hôtelleries sont pleines et il faut louer des chambres chez l’habitant. Nos bourgeois resteront 15 jours à Saint-Germain pour une dépense de 30 Livres et 12 sous.

De retour à Paris ils purent enfin remplir leur mission. Chaque antichambre avec un clerc ou un greffier leur coûte environ 12 sous, mais une entrevue avec le secrétaire du chancelier de Foix, ou du chancelier d’Alençon leur coute plus de 2 Livres. Finalement ils resteront 11 jours à Paris pour une dépense de 23 Livres. Ils ont obtenu une lettre prescrivant une enquête sur la question de la localisation de la sénéchaussée d’Armagnac.

Le retour à Auch s’effectua plus directement que le voyage d’aller, par Orléans, Argenton sur Creuse, Limoges, Agen et Lectoure. Ils étaient de retour le 14 septembre après 60 jours de voyage. Ils avaient dépensé 184 Livres. Les consuls leur firent don de 72 Livres à titre d’honoraires pour service rendu. On notera qu’il n’est nulle part question de gages pour le page et le laquais.

L’enquête prescrite par la lettre fut suspendue par une action des consuls de Lectoure, appuyée par certains membres du Parlement de Toulouse. Il fallut un second voyage à Paris en avril-mai 1529. Ils obtinrent à nouveau une lettre pour défendre la position de la ville d’Auch.

Ces deux missions n’eurent pas l’effet escompté avant 1639, 90 ans plus tard, où Auch obtint enfin la sénéchaussée d’Armagnac. La sénéchaussée de Lectoure ne fut pas supprimée, mais sa circonscription fortement réduite. Auch obtint le Fezensac, le Fezensaguet, le Pardiac, les Quatre-Vallées, l’Astarac, Gaure, les Affites.