Deux hèmes pour terminer le cycle "Castex au 13ème siècle" : de la culture de la vigne au vin, et de la culture du lin au tissage.
La culture de la vigne
Tous les laboureurs cultivaient des vignes et des hautains (les vignes hautes), car à table on ne buvait pas d’eau. On buvait de la piquette tous les jours. Mais les jours de fêtes et les jours de gros travaux, on buvait du vin, car "le vin donne de l'énergie".
Les vignes n’avaient pas le même aspect que celles d’aujourd’hui. Les sarments n’étaient pas attachés sur des rangées de fils de fer. Les pieds de vigne étaient "nus", et approximativement alignés. Ce n’est que bien plus tard que les sarments seront alignés et attachés à du fil de fer.
Ce sont les Romains qui avaient introduit la culture en hautains, que l’on appelait aussi vergers. A l’origine les ceps poussaient sur des arbres fruitiers, et le nom de verger est resté. Le patronyme Verges ou Vergez, très courant en particulier à Castex, provient du mot verger, donc désignant initialement un vigneron. Plus tard des échalas de châtaigniers ont remplacé les arbres fruitiers. Les échalas pouvaient avoir une hauteur de l’ordre de 2 mètres, espacés de 2,75 à 3 mètres. Un treillage assez lâche était fixé au haut des échalas, couvrant la parcelle de hautains. Aux 13èmes ou 14èmes siècles, rien n’est sûr.
On trouve encore aujourd’hui des vignes pacherenquées, c’est-à-dire sur échalas, autrement dit en hautains, mais sans treillage, dans les Pyrénées Atlantiques. Le Pacherenc de Vic Bilh (vin de vigne en échalas du vieux pays en gascon) est en principe un vin de vigne sur échalas. Les échalas d’aujourd’hui ne sont plus ceux du moyen-âge. Aujourd’hui ils sont parfaitement alignés et la vigne est palissée sur fils de fer.
Vignes en hautains
Autant qu’on puisse en juger à partir des données cadastrales du 18ème siècle, les parcelles de vignes et hautains étaient relativement groupées, entourées de haies vives pour éviter la divagation des animaux entre les ceps car il n'y avait pas de clôture métallique.
La terre des vignes et hautains était travaillée à la main, au croc (lou becat), à la pioche (lou trencho), et à la houe (l'hechado ou la houssero), ou à la bêche (lou paloun), mais jamais à l’araire. Le croc, la pioche, la houe et la bêche avaient des socs en fer forgé.
On taillait la vigne en hiver. D'après la documentation, la taille (la podera) était une taille longue, donc les ceps n'étaient pas plantés très serrés. On taillait à la serpette (la herreto) et au couteau à lame courbe. Le sécateur n’apparaitra qu’au 19ème siècle, … de même que l’oïdium en 1845, plus tard du mildiou, provenant tous les deux d’Amérique. C’est l’oïdium qui fut à l’origine du déclin des vignes en hautain.
Chaque année le seigneur, ou son bayle, ou les consuls de chaque communauté, levaient le ban des vendanges, autrement dit l'autorisation de commencer les vendanges. On faisait appel aux brassiers, aux journaliers, à des saisonniers (appelé en Gascogne estivandiers), aux voisins, car vendanger demandait beaucoup de main d'œuvre. Il est possible que dans ces temps reculés, sans pressoir au village, on se contentait de fouler le raisin, non égrappé (le fouloir : l'hourradiro). S’il y avait un pressoir (le troulh), il est probable qu’il s’agissait dans les premiers temps d’un pressoir banal, propriété du seigneur.
Au bout de 15 à 20 jours, le jus avait fermenté. On le tirait alors pour le mettre en barriques. Cela donnait un vin âpre et peu titré. Les tonneaux, barriques, comportes, étaient en bois de chêne, non pas cerclés de fer, mais de bois de châtaignier fendu. Les barriques étaient conservées dans le chai, un appentis adossé à l'habitation, toujours sur la façade nord.
Pour faire la piquette que l'on buvait tous les jours, après avoir tiré le jus pour le vin, on mettait le marc de raisin dans une cuve que l'on remplissait ensuite d'eau. On laissait fermenter et on récupérait le jus que l'on appelait du "demi-vin". En remettant une seconde fois de l'eau, on obtenait de "l'arrière-vin". Cette piquette était peu colorée et peu alcoolisée. On devait la consommer rapidement faute de quoi elle tournait en vinaigre. Mais elle pouvait aussi, en quelque sorte, "désinfecter" l'eau à boire.
A Castex, au 13ème siècle il est probable que le vin était consommé sur place. Ceux qui en produisait suffisamment pour en vendre devaient attendre le ban du vin. Le ban du vin, appelé aussi en Gascogne droit de magesque, donnait le droit au seigneur de vendre le vin de l’année, mais ses tenanciers devaient attendre plusieurs semaines après lui. Il n’y a pas de trace de ban du vin à Castex.
La culture de la vigne et la fabrication du vin ont très peu évolué jusqu’au 19ème siècle.
De la culture du lin, jusqu'au tissage et aux vêtements
Les laboureurs de Castex du 13ème siècle n'achetaient ni leur toile de lin, ni leur drap de laine aux marchands. Linge et vêtements étaient fabriqués avec le lin et la laine issus de leur production. Le lin était cultivé en Gascogne pour le filage et le tissage depuis la période gauloise. La toile de lin servait à fabriquer le linge (étymologiquement, le linge est fait de toile de lin) et des vêtements. On ne cultivait pas le chanvre qui nécessite des terres légères et beaucoup de fumure pour obtenir un chanvre de qualité. C’est donc avec le lin que l’on fabriquait également les ficelles et cordages d’usages domestique et agricole.
On cultivait le lin en plein champ, ou sur le patus de la maison s’il était assez vaste. On le semait en mars et on l’arrachait en juillet. On égrainait le lin une fois arraché à l'aide d'un peigne taillé dans une pièce de chêne. Les graines de lin étaient conservées d’une saison à l’autre pour les semailles suivantes, mais il est possible qu’une partie fut pressée pour en faire de l’huile. Cette huile de lin ne servait qu'à l’éclairage, car les chandelles étaient trop couteuses. Pour s’éclairer, on fabriquait une mèche en filasse de lin que l'on enduisait de graisse et que l’on plongeait dans l’huile.
Le lin et le chanvre se travaillaient de la même façon. Après l’égrainage, il faut rouir les tiges dans l’eau pendant une ou deux semaines, les mettre à sécher, les broyer (le teillage) à la bragayre, (un chevalet muni d'un abattant qui casse les tiges), les peigner au pintou, pour pouvoir enfin filer. Le peignage permet d'ôter toutes les impuretés et de séparer les fibres longues et les fibres courtes (l'étoupe). Ce sont les femmes qui travaillaient le lin jusqu'à ce qu'il soit prêt pour être filé. Les femmes encore, et les filles dès l'âge de 10 ans, filaient le lin à la quenouille et au fuseau (l’invention du rouet est plus tardive). Avec les fibres les plus longues on filait du lin fin, et avec les fibres courtes, du fil plus grossier. Le fil était ensuite mis en pelotes avant le tissage.
On filait également la laine à la quenouille et au fuseau. Pour cela, on tondait les moutons à la fin du printemps avec des forces, ciseaux aux lames faisant ressort. Ensuite il fallait laver, carder, peigner, puis filer la laine.
Les fils de lin ou de laine n’étaient pas teintés. Leur couleur était beige plus ou moins foncé, Pour blanchir ultérieurement les tissus il fallait les étendre dans les prés plusieurs jours, jour et nuit et les laver à la cendre de dix à quinze fois pour obtenir un blanc pur.
Tiges de lin avant égrainage
Au 13ème siècle, le tissage était probablement effectué à domicile par les femmes, plutôt en hiver, sur des métiers verticaux très simples, que l’on pouvait construire soi-même avec des barres de bois à peine dégrossies. Le tissage par les tisserands sur métiers horizontaux, plus sophistiqués, viendra plus tard. Sur ces métiers verticaux, le fil de chaine était tendu entre deux barres, une barre supérieure fixe et une barre inférieure suspendue à des pesons en pierre ou en terre cuite. La longueur et la largeur du tissu étaient sans doute assez réduites. Le tissage était particulièrement lent. Séparer les deux nappes de fils de chaine était en effet effectué manuellement, au peigne, entre chaque passage de navette et le résultat était probablement un tissage assez peu serré. Il ne semble pas qu’il y ait eu de tisserand dans les villages gersois avant le 17ème siècle. Par contre on trouvait des ateliers de tisserands et des marchands de draps dans les villes dès le 15ème siècle.
On n’utilisait ni le mot tissu, ni le mot étoffe. On parlait de toiles de lin et de draps de laine ou de laine et lin. La toile de lin servait à confectionner les linceuls (ancêtres des draps de lit), les garde-pailles (ancêtres des matelas), et les chemises. Les linceuls avaient au moins une couture au milieu du fait de la faible largeur des toiles. On les rapiéçait, on les retournait jusqu’à usure irrémédiable, puis, découpés, ils servaient de torchons.
Les vêtements de travail de tous les jours étaient en burat l’hiver (ou bure, un drap de laine brunâtre), ou en droguet (drap de lin et laine), en bot (ou bot-lan : mélange d’étoupe de lin et de laine grossière), ou en étoupe de lin l’été. Il n’y avait ni nappes, ni serviettes de table.
Tous les vêtements étaient confectionnés à domicile. Les braies, pour l’homme, étaient le vêtement du bas du corps, serrées à la taille par un cordon de laine, et qui descendaient jusqu’aux genoux. Les chausses (pour l’hiver seulement) étaient en drap de laine ou de laine et lin et couvraient les jambes des chevilles jusqu’au-dessus des braies. Pour le haut du corps, la chemise arrivait à la hauteur des genoux et servait de caleçon. La cotte était passée par-dessus la chemise. Elle était en lin, ou laine et lin, et couvrait le corps des épaules aux genoux, avec une ceinture de laine. Les paysans portaient sur la tête une cale, bonnet de lin noué sous le menton et un chapeau, mais pas encore de béret. L’hiver, on passait un capulet ou une chape de laine par-dessus la cotte. Le capulet couvrait la tête et les épaules. La chape était une espèce de pèlerine sans manche qui couvrait la tête. Elle descendait jusqu’aux mollets.
La femme ne portait pas de braies, mais des chausses courtes qui ne couvraient que le mollet, et pour le haut une chemise et une cotte qui descendait jusqu’aux chevilles. La femme portait pour ses travaux un davantal, un tablier de burat ou de droguet. La femme avait un ou deux "sacs" de lin ou de laine qu'elle mettait sur ses cheveux lorsqu'elle portait des charges sur la tête.
La plupart des paysans, en particulier les journaliers, allaient pieds nus été comme hiver, ainsi que les enfants. Certains se chaussaient de socques en bois, tenues aux pieds avec une bande de cuir. Les sabots n'apparaitront qu'à partir du 15ème siècle (d’après un texte de l’association de reconstitution historique 1180-1280).
Les 12èmes et 13èmes siècles avaient été des siècles sinon heureux, du moins sereins. On avait subi moins de disettes, moins de famines. La population avait augmenté. Arrive l’année 1337 : la guerre reprend entre le roi de France et le roi-duc d’Aquitaine. Puis les années 1345-1346 : deux années fraiches et très arrosées qui provoquent une disette, puis la famine. Enfin l’année 1347 : une pandémie de peste traverse l’Europe. Le quatorzième siècle fut épouvantable.