Journée-Partage le 13 septembre 2026

Publié le 23 septembre 2026 à 14:47

L’association Foyer-Rural de Castex a organisé le dimanche 13 septembre une journée-partage. Après un repas type auberge espagnole, chacun a pu parcourir une exposition de photos anciennes du village, préparée par Alain Lagnoux, Marc Bégué et David Spindler, avec les contributions de plusieurs familles du village. Les thèmes en étaient : le village autrefois, les activités artisanales, commerçantes, et agricoles, l’école et les photos de classe depuis les années 1890 jusqu’aux années 1980, les cérémonies religieuses, en particulier la mission de 1901, les photos de mariage, le banquet de la Libération du 14 juillet 1945, l’inauguration du foyer rural en 1954, les fêtes de Castex, le carnaval, et les manifestations sportives.

La participation au repas des castéquois et de leur parentèle dans les villages voisins fut nombreuse. Et que d'émotion devant les photos de classe, et les photos de mariages de leurs parents et grands-parents !

Photo Bernard Magnat

Plusieurs photos de cette mission de 1901 ont été rassemblées. La statue de la vierge qui se trouve au centre du village, face au chevet de l’église, la commémore. Cette mission fut organisée par l’abbé Théodore Lafitte, curé de Castex de 1891 à 1906. Les "missions" visaient à ranimer la foi catholique dans les paroisses, alors que les partis républicains militaient pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat, qui finalement aboutit par la loi de 1905. Trois photos de cet évènement ont été retrouvées. On y voit sur l’une les enfants du village, sur la seconde les jeunes-filles, et sur la troisième le curé de la paroisse, l’abbé Lafitte, posant avec les jeunes-gens. Deux de ces photos ont été colorisées.

Les jeunes-filles de Castex en 1901

Les jeunes-gens de Castex et l'abbé Lafitte en 1901

On n’a pas retrouvé d’article de presse rapportant cette fête religieuse. Par contre on a retrouvé deux articles l’un de mars 1895, le second de mai 1895, publiés dans le journal La Voix du Peuple, un journal conservateur et clérical. Ces articles rendent compte d’une fête organisée par le même abbé Lafitte en 1895 à Castex. Ces deux articles ont été réunis en un seul dans le texte qui suit, qui montre l’état d’esprit du parti conservateur de l’époque.

"Castex était dimanche en liesse. C'était Jeanne d'Arc qui avait mis en l'air le paisible village, gracieusement échelonné le long de la grand'route. Grande fête avais-je lu sur les affiches placardées dans les communes environnantes. Je dois à la vérité de dire bien haut qu'elle a, en effet, été grande, très grande. Assurément Castex ne s'était jamais vu si beau avec ses banderoles, ses drapeaux français, russes[1], pontificaux et ses oriflammes aux armes de Jeanne d'Arc. Mais aussi jamais pareille foule ne lui était venue de 20 kilomètres à la ronde.

Et sans aller plus loin, je veux saluer respectueusement l'organisateur de cette magnifique journée j'ai nommé M. l'abbé Lafitte, le vaillant curé de la paroisse. Ah ! votre canton de Miélan compte quelques jeunes prêtres qui ont compris que l'heure était passée de demeurer enfermés dans la sacristie. Ils en sortent pour se mêler au peuple, pour s'occuper de lui, l'instruire, l'amuser même, le rendre meilleur enfin par un contact plus fréquent. M. le curé de Castex est de ceux-là.

Pour moi, qui suis des jeunes, j'applaudis à son initiative, comme je crierai bravo à tous ses confrères qui partageront son zèle et son activité.

Quoi qu'il en puisse être, tous se confondaient, dimanche, dans un sentiment unanime d'admiration en entrant dans l'église de Castex, nouvellement restaurée. C'est que le produit de la représentation théâtrale, venant s'ajouter aux souscriptions volontaires des paroissiens, s'étale à cette heure en de riches vitraux reflétant le brillant de leurs coloris sur le marbre de la mosaïque et surtout en de gracieuses peintures qui ont absolument transformé le lieu saint.

[1] Drapeaux russes : Ces drapeaux étaient probablement déployés pour rappeler la signature du traité franco-russe ratifié l’année précédente et encourager les épargnants à souscrire les emprunts russes, que, plus tard, les bolchéviques ont refusé de rembourser en 1917.

La décoration est de M. Paul Lasséran, le jeune peintre déjà bien connu[2]. Il avait affaire ici à une église qui, au point de vue architectural n'offrait que des difficultés. J'ai hâte de dire que son talent en a supérieurement triomphé. Sous sa palette, les nuances les plus douces se sont harmonisées avec les plus riches pour surélever cette voûte qui semblait peser sur l'édifice, aussi bien que pour tendre des plus chatoyantes couleurs les pans coupés du sanctuaire.

Je m'en voudrais de ne pas traduire, en moins d'un mot, l'émotion recueillie de toute l'assistance quand, à la messe, le prêtre a béni les nouvelles semences. Il y a là un acte de foi consolant de la part du laboureur, venant offrir au Dieu qui dore les moissons les prémisses de cette semence qu'il jettera demain sur ses terres.

[2] L’église de Castex :  l’église de Castex dont il est question a été construite entre 1860 et 1864, pour remplacer un édifice qui s’était partiellement effondré. Les peintures de Paul Lasseran ont été perdues lors d’une rénovation dans les années 1970.

M. le curé a voulu couronner cette œuvre de restauration par la fête de l'Adoration perpétuelle. La cérémonie était présidée par M. l'archiprêtre de Lectoure, qui a tenu en cette occasion à donner à son ami d'enfance un témoignage d'estime et d'affection. Son esprit fin, délicat, son cœur généreux, ont trouvé sans peine des mots gracieux pour chacun, en particulier pour les paroissiens : après avoir fait des sacrifices pour leur église, ils tiendront autant à embellir leurs âmes par le règne de Jésus-Christ.

Le programme (de l’après-midi) comprenait d'abord une représentation théâtrale donnée par les jeunes gens de la paroisse avec le généreux concours de la Lyre Miélannaise. Depuis trop longtemps, on était privé d'applaudir notre musique ; aussi s'est-on redimé dimanche, trop heureux de témoigner à ces artistes et à leur habile chef une estime bien méritée.

Quant aux acteurs, je ne voudrais pas paraître exagéré ; et cependant il faut bien que je le leur rende publiquement un témoignage qui partait de toutes parts, des premiers rangs en particulier, où l'on comptait avec plusieurs prêtres la meilleure société du pays. Ils ont fait merveille ces jeunes gens plus habitués aux rudes travaux des champs qu'aux finesses de la coulisse. On a surtout applaudi dans le Départ pour la Californie les jeunes seigneurs plus riches en projets de fortune qu'en guinées. Admirablement interprété aussi le docteur Kilman, si adroitement volé par son peu fidèle Simon et le non moins coquin Thomas. Et du rire on passait à l'attendrissement avec ces voix d'enfant demandant pitié pour le jeune voleur de bouquets qui n'a plus que grand-père, en saluant dans le ciel bleu l'étoile de la France et de la Russie. Puis, pendant que plus d'une paupière maternelle était encore mouillée au chant du petit marin ou du ténor nous faisant maudire la guerre, l'on revenait à la franche gaieté avec les Infortunes de Jean Hiroux. Bien réussi votre rôle, jeune homme : pour paraître aussi simplet, aussi bête, c'est le mot, vous ne devez pas l'être du tout.

Le rire se poursuit encore avec les Quatre prunes, jusqu'à ce que la Lyre entraîne par un pas redoublé la nombreuse assistance à l'église où doit se terminer la journée par le panégyrique de Jeanne d'Arc. Quel dommage que l'heure tardive ne nous ait pas permis de savourer à loisir cet éloge de l'héroïne ! Car c'est un vrai régal pour les amateurs de grandes pensées et de belles paroles que nous a servi M. le curé de Mont-de-Marrast. Encore un morceau à deux voix par deux artistes miélannais, et la foule s'incline sous la bénédiction du Christ qui aime les Francs, pendant que les chantres de Castex et les musiciens enlèvent un chant d'allégresse en l'honneur de la Pucelle.

A vêpres, foule débordante, clergé nombreux, chants brillamment enlevés par le chœur de Castex, qui sait et qui veut si bien profiter des leçons du maître. On a eu encore grand plaisir à entendre quelques artistes de Miélan : les gracieux duos de flute, avec accompagnement de violon ; le Quid Retribuam, du P. Hermann, dit par deux voix chaudes et vibrantes, avec accompagnement d'orchestre, nous ont fait apprécier le talent de ces jeunes gens, mais nous ont dit aussi leur bonne volonté mise au service du prêtre.

Pour être un reporter fidèle, il me resterait à parler de la fête de nuit avec sa brillante illumination, un feu d'artifice réussi à souhait, le ballon surtout portant vers le ciel les armes de Jeanne d'Arc. Mais je ne veux pas abuser de l'aimable hospitalité de la Voix du Peuple. Je m'arrête sur cette bonne parole de mon voisin au feu d'artifice : « Il n'y a pas comme notre curé pour organiser une fête. » Monsieur l'abbé Lafitte, vous avez été largement à la peine. Mais après cette parole, n'êtes-vous pas à l'honneur ?"

L’abbé Lafitte a été nommé en 1906 curé de la paroisse Saint-Barthélemy à Condom.